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Le Rituel de Puissance ép. 2

Publié par Nadramon le 27 juillet 2004

Voici la 2ème partie de ma fanfiction « Le Rituel de Puissance ». Celle-ci sera peut-être moins fournie que la 1ère partie, étant donné le manque d’informations sur les personnages qui y apparaissent (j’espère ne pas me faire lapider par certains fans). Mais bon, je prends le risque !


L’Île des Rafales

Rouge jubilait. Jamais elle n’aurait cru voir une si belle occasion se présenter à elle.
Elle avait reçu, ce matin même, un e-mail du président. Celui-ci lui demandait de se rendre sur l’île « Syséphir » et de ramener le trésor qui s’y trouvait. Il s’agissait apparemment d’une grande quantité de pierres précieuses très convoitées par certains services militaires. Le président lui-même ne savait pas combien de gemmes constituaient ce trésor. Et il l’avait chargée, elle, Rouge, de ramener ces bijoux !
La chauve-souris n’en croyait pas sa chance !
La récompense que le président lui avait promise était alléchante, et il ne savait même pas combien de gemmes Rouge devait lui rapporter. Elle décida donc que, une fois qu’elle aurait trouvé le trésor, elle se servirait généreusement avant de ramener le reste à son patron pour recevoir la prime ! Une chance pareille, c’était presque trop beau pour être vrai.
-Bon, autant me renseigner sur l’emplacement de cette île. Conclut Rouge. C’est tout de même bizarre que je n’aie jamais entendu parler de ce trésor…
Elle prit son portable qu’elle trouva sur une petite table, près d’une fenêtre, alluma son ordinateur et commença ses recherches sur « Syséphir », parfois appelée « L’Île des Rafales ». Le lieu semblait plus secret qu’elle ne l’avait cru…Seuls les militaires de GUN, et quelques autres services de douteuse réputation possédait des informations dessus. Mais elle ne s’inquiéta pas outre mesure. Si Syséphir contenait un trésor si somptueux, il était normal que les services militaires désireux de se l’approprier le garde secret.
-Eh ! S’exclama soudain Rouge. Mais c’est impossible !
Elle avait ouvert une carte marquant l’emplacement de l’île…Et la carte indiquait le plateau appelé « Windy Valley », situé en haute altitude ! Comment une île pouvait-elle bien se trouver dans un endroit pareil ?
Désorientée, elle fit des recherches sur la nature de cette île étrange. Ce qu’elle découvrit ne la rassura qu’à moitié : Syséphir était apparemment un immense bloc de terre surélevé par rapport au plateau. Elle était très difficile d’accès en raison de ses parois élevées et lisses, et des rafales de vent aussi fréquentes que violentes. Mais tout son mystère résidait dans cette rumeur étrange qui courait à son sujet :
Il était dit que tous ceux ayant tenté d’explorer cette île étaient revenus blessés et hagards, ne se souvenant pas de la moitié de leurs aventures et découvertes sur Syséphir. Quand ils revenaient, bien sûr… Chaque fois qu’un intrus se faisait chasser de l’île, celle-ci disparaissait et réapparaissait à un autre endroit de Windy Valley.
-Ca ressemble à une mission dangereuse…Songea Rouge. Et très bien payée, en plus ! C’est exactement ce qu’il me faut.
Elle décida de se mettre immédiatement en route. Etant donné qu’il était impossible de situer Syséphir dans Windy Valley, mieux valait avoir du temps devant soi. Heureusement, l’après-midi n’était pas très avancé, elle avait tout son temps. Rouge sourit, ravie à la perspective du trésor qui l’attendait sur l’île. Elle se mit une touche de mascara et quitta son service, se dirigeant vers Windy Valley.
En la voyant partir, un espion tenta de la retenir :
-Eh, Rouge ! Attends !
Mais, voyant que la chauve-souris était déjà partie et ne se préoccupait plus de ce qu’elle avait derrière elle, il abandonna.
-Il y a un problème ? Demanda distraitement un autre espion.
-Non, pas vraiment. Répondit le premier en retournant travailler. Rouge a simplement oublié son portable. Mais elle ne s’en sert pas souvent pendant ses missions.

Rouge marcha longuement avant d’atteindre le plateau venteux. Elle sourit en se retrouvant face à Windy Valley. Cet endroit était décidément magnifique ! Il s’étendait sur de nombreux kilomètres, plus en hauteur qu’en longueur. Il était fragmenté en de nombreuses montagnes à plusieurs étages, reliées entre elles par de légers ponts de planches fines. Ces ponts étaient, pour la plupart, extrêmement longs et étaient tous ballottés par les rafales qui soufflaient en permanence. En raison du vent, des centaines d’éoliennes et de moulins à vent avaient été construits dans la vallée. Quelques murs de pierres, en partis effondrés, et de solides passerelles de métal tentaient tant bien que mal de faciliter la progression de ceux qui venaient braver les éléments de l’air.
Rouge aimait beaucoup cet endroit. Etant le plus souvent désert, l’air y était particulièrement vivifiant. De plus, pour une chasseuse de trésors comme elle, une chute de ces montagnes ne représentait pas un grand danger du moment qu’elle restait sur ses gardes. Elle pouvait profiter du vent pour planer et s’accrocher à une paroi. L’endroit n’effrayait absolument pas la chauve-souris.
En fait, peu de choses l’effrayaient.
Elle progressait donc d’un pas sûr, s’arrêtant parfois pour s’agripper à un mur de pierre en attendant que cesse une rafale plus violente que les autres. En définitive, Windy Valley n’était pas si grande que ça. Y trouver une grande île particulièrement venteuse devait être faisable…
Elle choisit de d’abord escalader jusqu’au sommet des montagnes, suffisamment haut pour voir toute la vallée. Syséphir était peut-être visible de loin.
Elle regarda autour d’elle et finit par dénicher une montagne plus grande que les autres. L’ennui venait du fait que les bourrasques qui la sillonnaient étaient également plus puissantes…Rouge soupira et commença à grimper. L’escalade était l’un de ses terrains de prédilection, venir à bout d’une paroi verticale ne lui posait aucun problème. En temps que chasseuse de trésor, c’était plutôt normal, en définitive. Mais, jusqu’à présent, elle n’avait rencontré qu’un seul chasseur de trésor qui soit aussi talentueux qu’elle. La chauve-souris comptait bien surpasser un jour ce rival. En lui volant sa grande émeraude, par exemple…
Mais pour l’instant, elle avait d’autres bijoux à voler. Bien que l’ascension en elle-même ne posait pas vraiment de difficultés, le vent qui mugissait et balayait les parois des montagnes pouvait être dangereux. Aussi restait-elle sur ses gardes, écoutant avec attention le bruit des rafales qui arrivaient pour en prévoir la puissance.
Mais, à force de grimper, elle s’enhardit et se désintéressa peu à peu du danger. Elle faillit plusieurs fois être emportée par une rafale, parvenant tout juste à garder ses mains accrochées à la paroi, sans que cela ne l’effraie une seconde. Elle en vint même à profiter de certaines rafales pour lâcher prise et monter plus rapidement. Ce fut donc sans problème particulier et presque en s’amusant qu’elle arriva jusqu’au sommet de la montagne.
Elle se dressa au sommet et remplit ses poumons d’air. Elle regarda le paysage autour d’elle, émerveillée. Le vent venait en permanence agiter les herbes des montagnes, les faisant onduler et donnant l’impression que les montagnes elles-mêmes se déplaçaient. Les fines passerelles, vu d’ici, ressemblaient à de simples cordes. Il fallait vraiment être téméraire pour s’y risquer.
Rouge finit par se lasser de regarder le paysage et scruta les montagnes, cherchant Syséphir. Ce devait être une sorte d’île, posée quelque part dans Windy Valley.
Finalement, elle l’aperçut. Nichée au creux d’une montagne, l’Île des Rafales se distinguait par sa végétation foisonnante, aux arbres curieusement courbés par le vent. Quatre grandes pointes de pierre se dressaient loin au-dessus de l’île et masquaient une grande forme indistincte, au centre de la forêt. Il y avait une énorme colline à son extrémité, nue et si crevassée que Rouge pouvait presque voir les lézardes, de là où elle était. Toute la végétation ployait sous la force du vent.
La chauve-souris se frotta les mains. Tout cela semblait incroyablement simple, comment se faisait-il que personne n’ai jamais pu voler ce fabuleux trésor ? Les humains étaient vraiment désespérants de faiblesse. Comment pouvaient-ils prétendre se trouver au sommet de l’évolution alors que le plus faible des hybrides pouvait sans mal leur tenir tête ? C’était presque coquasse…
Impatiente d’arriver à l’île, Rouge se laissa tomber de la falaise, les ailes repliées, savourant la sensation de vitesse. A quelques mètres du sol, elle les déplia et atterrit en douceur.
Elle était arrivée devant Syséphir.
La paroi était plus haute que ce qu’elle avait cru, et beaucoup plus lisse. L’escalade avait tout de même l’air possible. De toute façon, elle semblait partie pour passer sa journée à grimper.

Après quelques acrobaties, elle vint finalement à bout de la paroi et arriva sur l’île.
Le vent la plaqua immédiatement au sol et faillit la projeter dans le vide. Surprise, Rouge s’agrippa comme elle put à un rocher et se redressa avec difficultés.
Comment se faisait-il que de telles rafales ne soufflent que sur l’île ? Ne devraient-elles pas se propager sur toute la vallée ? Le phénomène ressemblait presque à un procédé magique…
La chauve-souris dut donc progresser à plat ventre, serrant les dents et s’accrochant à ce qu’elle avait sous la main. Elle commençait à comprendre pourquoi personne n’avait jamais pu s’approprier ce trésor.
Au fur et à mesure qu’elle s’approchait du cœur de l’île, le vent se faisait de plus en plus féroce. Il lui giflait violemment le visage et arrachait les plantes auxquelles elle s’accrochait. Autour d’elle, de tous les côtés, des arbres se déracinaient et tombaient avec un fracas terrible. Leurs troncs, emportés par les rafales, roulaient en écrasant tout ce qui se trouvait sur leur route. Plusieurs faillirent atteindre la chauve-souris. La pluie avait commencé à tomber et l’aveuglait. Ses mains glissaient en saisissant des prises trop humides. Mais, malgré tout, elle avançait. Elle était presque au cœur de l’île.
Soudain, Rouge aperçut une grande clairière, sur sa droite. Sortir de la forêt dans laquelle elle progressait l’exposerait au vent et à la pluie, mais elle ne risquerait plus d’être écrasée par un arbre déraciné. Elle prit donc ce chemin là. Elle rampa lentement jusqu’à la clairière. Là, le vent et la pluie l’aveuglèrent plusieurs minutes. Après seulement, elle put observer le spectacle époustouflant qu’elle avait sous les yeux.
Rouge était arrivée au centre de Syséphir. Les quatre pointes de roches se dressaient autour d’elle, immenses. A leur sommet, des éclairs surgissaient du néant et se rejoignaient entre les colonnes en une grande boule d’énergie. Cette énergie retombait sous forme de foudre au centre de la clairière avec un fracas épouvantable…
Rouge écarquilla les yeux en voyant ce centre. Il y avait un temple. Un grand temple au toit en forme de coupe soutenu par des piliers, le tout monté sur un piédestal, qui recevait l’orage. Ce toit était ouvert. Autour de ce temple, le sol était de pierre polie parsemée d’écritures et de gravures diverses. Ce dallage formait un étrange contraste avec le reste de l’île.
Bien qu’à ciel ouvert, cette construction devait tout de même fournir un abri convenable. Rouge se releva tant bien que mal et courut vers lui. Secrètement, elle espérait que ce soit cet endroit qui renferme le trésor qu’elle était venue chercher. Après tout, vent ou pas, on n’avait jamais pu l’empêcher de prendre ce qu’elle voulait !
Cependant, une surprise l’attendait à l’intérieur du temple. Dès qu’elle arriva sur le piédestal, les éléments se déchaînèrent. Le vent se mit à mugir et la pluie devint une grêle dont la glace atteignait la taille d’un poing. Ces cristaux martelaient le sol en explosant, leurs fragments s’éparpillaient de tous côtés. Un éclair plus violent que les autres vint frapper le centre du temple. Rouge eut tout juste le temps de voir la tornade apparaître à l’endroit précis où la foudre s’était abattue avant d’être projetée en arrière. Son portable se décrocha une seconde avant qu’elle ne soit envoyée hors du temple et glissa en direction de la tornade.
Incapable de se relever, éjectée contre un grand arbre, la chauve-souris ne put que regarder la suite des évènements sans pouvoir intervenir.
La tornade surgissait du temple, mugissante. Entre les pointes de pierre, les éclairs formaient à présent un cylindre autour du temple, un cylindre qui s’élevait toujours plus haut. Le vent et la grêle se livraient à une danse effrénée qui balayait tout sur son passage. Le vacarme était insupportable.
Un cri terrible, perçant et cruel, fit sursauter Rouge.
La colline nue, qu’elle avait remarquée en observant l’île depuis une montagne et qu’elle pouvait voir de là où elle était, s’était mise à trembler. Elle se soulevait à intervalles irréguliers, envoyant des mottes de terre dans les airs. Des fissures de plus en plus profondes apparaissaient à sa surface. Un nouveau cri retentit, plus furieux. De féroces coups semblaient être portés depuis l’intérieur de la colline. Des roches s’en décrochaient et étaient catapultées aux quatre coins de l’île par les violentes secousses qui se multipliaient.
Un troisième hurlement fit trembler l’île tout entière. La colline explosa, projetant de la terre et des pierres à plusieurs kilomètres à la ronde. Un animal monstrueux surgit du cratère qu’il avait formé, déploya ses ailes géantes et s’éleva dans le ciel.
Ses ailes recourbées, aux plumes blanches et dorées, semblaient deux fois plus grandes que son corps. Les plumes de sa queue et de son corps étaient de la même couleur. Sa tête ressemblait à celle d’un oiseau de proie, mais elle n’avait pas de bec, juste une bouche sans lèvres et sans dents, d’où sortait un cri inhumain. Ses yeux, verts et perçants, n’avaient ni pupilles ni blanc. Deux taches vertes et cruelles auxquelles rien ne semblait pouvoir échapper. En guise d’oreilles, le monstre possédait deux ailes plus petites qui prolongeaient son crâne. De l’énergie électrique parcourait tout son corps, se regroupant parfois en une sphère de foudre qui s’abattait au sol. L’effet d’ensemble était impressionnant et terrifiant.
Et le monstre dardait Rouge de son terrible regard.
Celle-ci savait qu’elle allait mourir. Non seulement cette créature semblait puissante et impitoyable, mais en plus elle n’était pas en état de se battre contre qui que ce soit. Elle se contenta donc de regarder le monstre charger une grande sphère de foudre pour l’abattre dans toute la clairière. Comme cela arrive souvent en de pareilles circonstances, la chauve-souris se remémorait de nombreux souvenirs auxquels elle n’avait pas prêté attention jusqu’alors. Elle songea également à Knuckles, cet échidné chasseur de trésors qu’elle harcelait depuis un certain temps, à présent. Tous deux s’étaient juré de surpasser l’autre et y employaient tous leurs talents. Rouge eut un petit pincement au cœur. Mourir, c’était vraiment trop bête ! L’oiseau de proie tenait à présent entre ses serres une boule d’énergie presque aussi grande que lui. Blanche et bleu électrique, celle-ci vibrait, se déformait en de grandes langues de foudre pour de nouveau se rejoindre, répondant aux ordres de son créateur. La créature poussa de nouveau son hurlement de mort et se prépara à l’envoyer sur la chauve-souris qui avait osé entrer dans son territoire.
Rouge entendit alors un bruit d’explosion. Pourtant, la boule d’énergie n’avait pas encore été envoyée…Que se passait-il ? Une deuxième explosion retentit, la chauve-souris leva la tête et regarda autour d’elle. Elle vit un missile filer vers le monstre. Puis un autre. Tous explosaient au contact de leur cible, sans pour autant lui faire subir des dégâts. Le battement de ses ailes écartait la fumée et découvrait son corps parfaitement intact, quelle que soit la puissance des missiles envoyés.
Mais la pluie d’explosions sembla irriter la créature qui se tourna vers leur source, menaçante. Ce fut peut-être la plus grosse erreur de sa vie. Les missiles, qui paraissaient verrouillés puisque aucun ne ratait leur cible, atteignaient à présent la boule d’énergie. Celle-ci ne semblait pas être équipée de la même protection que l’oiseau et, dès que le premier missile l’eut atteinte, elle explosa entre les griffes du monstre.
Celui-ci hurla, un hurlement plus long et plus haineux que tous ceux qu’il avait poussé jusqu’alors. L’énergie électrique l’enveloppa, lacérant son corps. Pris de folie, il vola en tous sens, hurlant et gémissant, aussi vite que le lui permettaient ses grandes ailes recourbées. Il tournoya longuement dans le ciel, les plumes en flammes, puis s’écrasa dans le temple, au centre de la tornade.
Rouge cligna des yeux, prise au dépourvu. Elle avait du mal à réaliser qu’elle était sauvée. D’une manière ou d’une autre, quelqu’un l’avait suivie et protégée. Quelqu’un qui semblait posséder une grande puissance de feu. Mais dans quel but l’avait-il aidée ?
Quoi qu’il en soit, les éléments se déchaînaient toujours et n’avaient pas perdu leur force. Rouge jugea plus prudent de fuir cette île malsaine. Elle se releva tant bien que mal et, titubant légèrement sous le vent et la grêle, elle s’éloigna du temple. Ce chemin-là fut plus simple que l’aller, car à présent elle n’avait presque plus à lutter contre la puissance des éléments. Après tout, ceux-ci semblaient justement destinés à l’éloigner de l’île. La chauve-souris fronça les sourcils. Quelle était donc cette étrange magie ?

-Apparemment, le trésor de Syséphir n’existe pas. Constata Rouge, une fois sortie de l’île.
Quand elle avait sauté hors de Syséphir, la pluie avait immédiatement cessé et le vent s’était calmé. Mais Rouge était terriblement déçue. Elle était allée jusqu’au centre de l’île, et tout ce qu’elle avait trouvé était une gigantesque tornade et un monstre volant qui avait failli la tuer. C’était rageant !
Elle fut soudainement interrompue dans ses réflexions. Elle venait d’entendre un cri perçant qu’elle connaissait bien, à présent. Le cri du monstre. Il n’était donc pas mort ?
Elle se retourna vers Syséphir, prête à l’action. Maintenant qu’elle était hors de l’île, elle ne craignait plus la force des éléments. Maintenant, elle pouvait se battre !
Le monstre était bel et bien vivant, la tornade lui avait même rendu des forces. Mais ce ne semblait pas être dans ses intentions de passer à l’offensive. Il se contenta de tournoyer dans le ciel en poussant de brefs cris. Il darda quelques instants la chauve-souris de son regard vert, mais ne fit rien pour l’attaquer.
Il descendit vers les grandes pointes de pierres et en saisit une entre ses serres. Là, il se mit à battre furieusement des ailes en poussant de longs hurlements entrecoupés par le bruit de sa respiration sifflante. De petites pierres se détachaient de la base de l’île, là où elle était reliée à la falaise de Windy Valley. Le sol tremblait légèrement sous les pieds de Rouge. Celle-ci était paralysée par la force de l’oiseau. En tirant sur cette poignée improvisée, celui-ci était capable de faire s’ébranler toute l’île ! Mais l’effort fourni semblait être colossal. Le monstre haletait et grognait, battant furieusement de ses grandes ailes blanches et or sans jamais ralentir la cadence. Où voulait-il en venir ? A quoi pouvait bien servir cette étrange activité ?
Une violente secousse manqua de faire perdre son équilibre à Rouge. Le sol tremblait maintenant continuellement. Des pierres se décrochaient, d’autres roulaient et se brisaient, des fissures apparaissaient, séparant peu à peu Syséphir de Windy Valley.
Le monstre poussa un ultime hurlement et, utilisant toute la puissance de ses ailes, il s’éleva dans les airs, entraînant l’île. Celle-ci quitta le sol dans un long grondement. Une cascade de pierres, de cailloux et de poussière retomba sur Windy Valley.
Une main en visière pour se protéger de la poussière, Rouge regarda longtemps l’Île des Rafales s’éloigner dans le ciel. L’oiseau la menait lentement mais régulièrement, disparaissant peu à peu à l’horizon. C’était donc cela, le secret de Syséphir. Ce pourquoi elle disparaissait et réapparaissait ailleurs chaque fois que quelqu’un s’y aventurait. Rouge sourit, émue. Elle n’était plus vraiment sûre d’en vouloir à ce monstre qui s’en était pris à elle.
Mais elle revint vite à la réalité. Tout d’abord, elle comptait bien aller demander au président quelle était l’utilité d’une telle expédition. Maintenant qu’elle y repensait, elle trouvait curieux qu’il l’ait envoyée dans un endroit si dangereux, uniquement pour récupérer des bijoux. _ Cela ne lui ressemblait pas.
Ensuite, la chauve-souris avait autre chose en tête. Si elle n’avait pas pu obtenir un trésor sur l’Île des Rafales, elle irait en chercher un là où elle était sûre d’en trouver. Rouge eut un petit rire. Aussitôt après être passée par son service, elle prendrait la direction d’Angel Island.


Chaotix à l’écoute !

Espio soupira. Pourquoi fallait-il qu’ils tombent toujours sur des cas pareils ?! Comme si la mission qu’Eggman leur avait confiée assez récemment ne suffisait pas !
Il fallait bien admettre que, jusqu’à présent, Espio avait eu le sentiment d’avoir vu le pire. Quel genre de bizarrerie pouvait être plus louche qu’un client qui vous sollicitait par talkie-walkie ? Le caméléon avait bien essayé de dissuader le groupe de se lancer dans une affaire pareille, ses coéquipiers avaient bondi sur l’occasion. C’en était suivi une suite de missions qui les avaient entraînés dans un véritable parcours du combattant. Finalement, ils s’étaient aperçus qu’Eggman en personne les avaient appelés pour qu’ils se débarrassent d’un robot devenu dangereux. La mission avait alors dépassé les bornes et était devenue une véritable entreprise suicidaire ! Ils n’avaient échappé à la mort que de peu…
Et pour finir, cette dangereuse épopée ne leur avait pas rapporté un seul dollar ! Espio en avait conclu qu’au moins, cette aventure allait dissuader son équipe d’accepter d’autres missions louches.
Il se rendait maintenant compte d’à quel point il avait été naïf…
Sur le bureau trônait une lettre brève et une petite boîte en carton sphérique.
Charmy était en proie à une véritable crise d’excitation. Il volait en tous sens, renversant tout le mobilier qui se trouvait devant sa route, riant et clamant avec bonheur :
-Une Chaos Emerald ! Une Chaos Emerald !
Quant à Vector, assis à son bureau, il restait silencieux. Mais son regard brillant de convoitise en disait plus long sur sa décision qu’un long discours. Espio grinça des dents. Ils allaient encore s’embarquer dans une mission douteuse à souhait ! Bien qu’il y répugne, il fallait bien qu’il intervienne.
-On ne peut pas accepter une chose pareille ! Dit-il soudainement. C’est encore plus louche que notre dernière mission ! Et vous savez bien comment elle s’est terminée !
-Espio…Répondit Vector. Tu oublies encore notre règle d’or ! Un type nous propose une mission par courrier et promet une Chaos Emerald comme récompense ! On ne peut pas refuser une proposition pareille !
-Et en plus, ajouta Charmy, au comble de la joie, ça a l’air facile, ce qu’il nous demande !
Les explications étaient brèves et claires : l’équipe Chaotix devait se rendre discrètement dans une ancienne mine, aujourd’hui désaffectée et interdite d’accès, et y amener la petite boîte ronde. Leur second client les attendrait au plus profond de celle-ci pour récupérer le colis et leur offrir leur récompense. Il était précisé dans la lettre que la boîte ne devait être ouverte sous aucun prétexte, et devait arriver en parfait état à destination. Tout cela ne paraissait pas bien compliqué, et c’était justement ce qui chiffonnait Espio. Pourquoi promettre une telle récompense ?
-Notre règle d’or est claire : on ne refuse jamais un travail lucratif ! Continuait Vector. Si on t’écoutait toujours, il y a longtemps que notre agence aurait fait faillite. Bien, au travail !
-OUAIS ! Cool ! S’enthousiasma Charmy. Il effectua un salto arrière et se rua vers la porte.
Le caméléon aurait pu répliquer que, en se tenant à leur « règle d’or », non seulement ils ne gagnaient pas grand-chose, mais en plus ils risquaient leurs vies dans des entreprises douteuses ! Mais ce n’était pas dans ses habitudes de tenir tête à son boss. Bien qu’il n’en ait pas l’air, avec ses phrases stupides et son walkman vissé en permanence sur son crâne, Vector était un détective talentueux. Du moins, talentueux pour un détective de 20 ans…
Il parvenait à faire des déductions parfois presque habiles mais, se sentant très à l’aise dans le rôle du Sherlock Holmes mystérieux, il faisait rarement part de ses découvertes à ses coéquipiers. Il avait par exemple été le seul à deviner dès le début que c’était Eggman qui leur avait donné une mission. Mais la raison pour laquelle il avait accepté ce travail demeurait un mystère…
Espio se contenta donc de marmonner un « Bien reçu. » un peu agacé et de suivre le crocodile hors de l’agence, attrapant la boîte de carton au passage.
Une nouvelle mission un peu farfelue débutait pour l’équipe Chaotix.

-Alors, quel est le programme ? Demanda joyeusement Charmy.
Ils étaient arrivés devant l’ancienne mine, creusée dans la montagne. Elle comportait un bâtiment tout de béton et de métal, que le temps n’était pas parvenu à abîmer. Cette mine avait été construite à l’écart de la civilisation, et le décor était essentiellement constitué de roches et de plantes basses. Les Chaotix s’étaient cachés derrière un buisson et observaient l’entrée de la mine. Celle-ci était entourée de barrières, de gendarmes et de panneaux où l’écriture « Attention DANGER » était partout la même…Les visiteurs ne semblaient pas être les bienvenus…
Vector avait dû s’asseoir pour bénéficier de l’abri du buisson et avait légèrement baissé le volume de son walkman. Il tenait Charmy par un bras, de peur que celui-ci ne soit sujet à une crise d’excitation et ne les fasse repérer. Il ne répondit pas à la question de l’abeille et resta parfaitement immobile, les sourcils légèrement froncés. Il tournait et retournait la boîte dans sa main libre, l’observant sous toutes les coutures. Il semblait réfléchir à quelque chose.
-On devrait peut-être faire demi-tour…Proposa Espio avec un espoir qu’il savait vain.
-Mais non mais non ! Répliqua aussitôt le crocodile. Des missions aussi bien payées, Espio, on ne t’en proposera pas cent. Bien, il nous faut un plan pour entrer là-dedans. Notre client a bien précisé qu’on doit entrer discrètement.
-Je suppose que c’est de moi qu’on parle…Dit le caméléon d’un ton faussement neutre.
Les missions d’infiltration étaient sa spécialité et sa passion. Se rendre invisible, esquiver, se cacher, utiliser au maximum ses talents de ninja…Que pouvait-on rêver de mieux ? Mais Espio n’aimait pas montrer ses sentiments. De toutes façons, Charmy parvenait parfaitement à être euphorique et désordonné pour eux trois…
-Exactement. Tu vas t’infiltrer en douce dans le bâtiment, repérer les lieux pour voir s’il y a des flics à l’intérieur. Ensuite, tu te débrouilleras pour nous ouvrir cette porte, là-bas.
-Sommes-nous sûrs qu’elle est fermée de l’intérieur ? Elle pourrait très bien être fermées à clé…
-Tu n’es pas assez observateur, Espio. Le taquina Vector, apparemment ravi de pouvoir jouer au Sherlock Holmes. Cette porte est située à part, n’est pas gardée et ne comporte pas de serrure. Cela prouve bien que, non seulement elle est fermée de l’intérieur, mais qu’elle est suffisamment solide pour qu’on ne craigne aucune infiltration venant de là.
-Compris, j’y vais.
Espio se concentra quelques instants et senti bientôt son corps devenir plus transparent que le verre. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, il était devenu totalement invisible. Ce parfait camouflage ajouté à son entraînement de ninja où il avait appris à se déplacer rapidement et silencieusement sur n’importe quel terrain faisait de lui un espion redoutable. Cette invisibilité totale plaisait beaucoup au caméléon.
Il s’éloigna de ses coéquipiers et se dirigea vers le bâtiment. Avant tout, il devait trouver une brèche où il pourrait entrer sans se faire remarquer. Il ne servait à rien d’être invisible si on forçait des portes ou brisait des fenêtres. La solution n’était pas là.
Il fit plusieurs fois le tour du bâtiment, le plus silencieusement possible. Tout de métal et de béton, cet endroit avait été restauré récemment. Le toit plat et épais n’offrait pas la moindre issue, et les portes étaient fermées et gardées par quelques policiers. A priori, il ne semblait pas simple d’entrer là-dedans.
Espio finit par repérer un détail intéressant : une petite fenêtre près de laquelle stationnait un gendarme. La vitre de cette fenêtre avait été détruite par un vandale, un gros trou était visible en son centre. On n’avait pas eu le temps de restaurer de ce côté-là. Une véritable aubaine.
Le caméléon inspira un grand coup puis s’avança. Il allait devoir franchir ce petit trou entouré de tessons de verre sans alerter personne. Un travail qui demandait une grande discrétion.
« Si notre client nous attend là-dedans, songea-t-il, ce doit être un hybride. Ou alors il a trouvé un moyen d’abuser ces gardes. Mais pourquoi avoir choisit cet endroit ? »
Questions sans réponses. Espio se demandait néanmoins si Vector le savait, lui. Mais, si c’était le cas, cela ne l’avançait pas pour autant. Le crocodile prenait un malin plaisir à cacher la moitié de ses découvertes. Chaotix était vraiment une agence bizarre.
Il arriva près du policier et le contourna lentement en retenant sa respiration. Il ne le faisait pas seulement par soucis de passer silencieusement. Le garde avait en effet déjà vidé cinq paquets de cigarettes et attaquait un sixième. Des douzaines de mégots jonchaient le sol autour de lui et, non loin, quelques gardes s’étaient mis des masques à gaz. Espio passa en grimaçant de dégoût et atteignit enfin le bâtiment. Bien. Il fallait encore se glisser par l’ouverture en restant parfaitement silencieux. Le caméléon considéra d’un œil critique les tessons acérés restés accrochés à la fenêtre. Il avait beau être un ninja et un espion, il n’avait jamais fait carrière de fakir ! Le seul moyen pour passer l’ouverture sans s’écorcher et, inévitablement, redevenir visible était de compter sur la vitesse. Mais c’était moins discret. Il fallait au moins détourner d’abord l’attention de ces gardes.
Il regarda autour de lui, en quête d’une idée.
Finalement, il remarqua un buisson relativement volumineux, situé non loin de la porte principale. Voilà qui pourrait faire l’affaire…Espio sortit silencieusement un shuriken de son gant et visa avec soin. Bien sûr, il ne risquait pas de manquer sa cible, cette idée était tellement absurde qu’il était impossible d’y songer sérieusement. Mais personne ne devait se douter que le projectile venait du bâtiment, ce qui rendait la tâche plus ardue…
L’arme partit dans un sifflement à peine perceptible et s’enfonça dans le buisson, agitant des feuilles et brisant de petites branches. Tous les yeux se braquèrent aussitôt sur le feuillage suspect, et quelques pistolets sortirent de diverses poches. L’énorme gendarme eut même l’amabilité de s’éloigner lourdement de sa fenêtre pour inspecter les environs. Il y avait vraiment des trucs qui marchaient à tous les coups…
Sans perdre de temps, l’espion sauta dans l’ouverture, les bras devant. Cette méthode n’était pas particulièrement discrète, mais elle lui évitait de s’écorcher, ce qui l’aurait rendu visible et aurait été nettement moins discret. La perfection n’était malheureusement pas de ce monde.
Espio se réceptionna à l’intérieur du bâtiment et se plaqua immédiatement contre un mur. Il avait débouché dans un couloir. Les murs gris et vide, les recoins poussiéreux prouvaient que personne n’entrait jamais ici. Les gendarmes n’étaient postés qu’à l’extérieur. Pourquoi, au fait ? Y avait-il un danger dans cette mine, pour que personne ne pénètre ne serait-ce que dans le bâtiment qui permettait d’y accéder ? Toujours des questions sans réponses. C’était souvent comme ça.
Le caméléon soupira. De toute façon, il n’était pas là pour se poser des questions. Maintenant, il était dans la place. Il ne lui restait plus qu’à trouver la porte que Vector lui avait montrée et à l’ouvrir. Du gâteau. Il espérait simplement que le crocodile avait réussi à faire tenir Charmy tranquille…C’aurait été stupide de se faire repérer pour ça.
Il se mit en route, satisfait. Il avait pris soin de repérer l’emplacement de la porte par rapport à la fenêtre, il lui suffisait de s’y rendre en restant sur ses gardes. Le bâtiment n’était pas très grand et totalement désolé, les recoins poussiéreux, de nombreux petits objets abandonnés sur le sol. Espio traversa ce qui devait être un entrepôt et parvint à son objectif. C’était une porte de secours qui avait été bloquée de l’intérieur. Cinq énormes verrous la maintenaient fermée, il semblait impossible de l’ouvrir. En tout cas, en essayant de la forcer depuis l’extérieur…
Le caméléon colla son oreille contre la porte et écouta avec attention. C’aurait également été stupide de se faire pincer en ouvrant la porte sous le nez d’un gendarme ! Mais tout semblait calme. De là où il était, Espio n’entendait pas un bruit provenant du dehors. L’opération était décidément d’une simplicité déroutante…
Il s’attaqua donc à l’ouverture de la porte. Il s’approcha du premier verrou et le saisit fermement. Depuis combien de temps cette ferraille était-elle coincée ainsi, proie de la rouille ? Le caméléon avait beau peser de toutes ses forces, le verrou ne bougeait pas d’un millimètre ! Il tira de plus belle en grognant sous l’effort. La ferraille grinça horriblement et se dégagea lentement du crampon fixé à la porte. Le premier verrou était débloqué ! Il restait encore les quatre autres…
Avant de reprendre son travail, Espio colla de nouveau son oreille contre la porte. La voie était libre. Apparemment, son vacarme n’avait alerté personne. La police humaine ne valait pas grand-chose…
Il se remit à l’ouvrage, poussant et tirant, frappant le métal pour décrocher des années de rouille. Il dut se hisser sur la pointe des pieds pour atteindre le quatrième et ne put venir à bout du dernier qu’en le dégageant en restant accroché au mur. Au bout d’un quart d’heure de travail acharné, la porte était enfin entrebâillée. Mais ce n’était pas encore le moment de crier victoire. Toujours invisible, le caméléon glissa un regard prudent à l’extérieur. Personne. Tous les gendarmes gardaient l’entrée principale.
Soudain, il crut voir une petite forme apparaître entre les buissons alentours. Il les fixa, sur ses gardes, écoutant avec attention le vent qui sifflait entre les feuilles. Il n’y avait pas de doutes, quelque chose bougeait, derrière les feuillages ! Il pouvait également entendre des voix étouffées, trop basse pour qu’on comprenne leur sens. La forme réapparut alors, si petite qu’Espio eut du mal à l’identifier. Il s’agissait d’une main minuscule ! _ Une main qui s’agitait frénétiquement, comme pour faire un signe. Cette main, le caméléon pouvait la reconnaître entre milles : c’était assurément celle de Charmy. Une deuxième, au moins quatre fois plus volumineuse, surgit du buisson et attrapa la première, la ramenant brutalement à couvert.
-Charmy ! S’exclama Vector. Tu m’avais dis que tu te tiendrai tranquille !
Espio se passa la main sur le visage. Le ton n’allait pas tarder à monter. Encore une fois, il allait devoir se manifester pour rétablir plus ou moins le calme. Il accourut et ne redevint visible qu’une fois arrivé sous le nez du crocodile, qui tenait toujours Charmy par un bras et s’apprêtait, la bouche grande ouverte, à lui crier qu’il n’était pas assez discret. La brusque arrivée du caméléon suffit à lui couper le sifflet.
-J’ai trouvé la porte. Dit-il simplement pour ne pas faire preuve d’insolence envers son boss. La voie est libre.
-Hem…Bon travail, Espio ! Répondit Vector en lâchant la petite abeille. Allons-y !
Sur ce, il se leva et se dirigea vers la porte. Les deux autres le suivirent, l’un avec enthousiasme et l’autre avec une certaine exaspération. Arrivé à l’intérieur du bâtiment, le crocodile referma la porte et replaça l’un des verrous.
-Ca devrait suffire pour leur donner le change. Maintenant, nous devons aller dans la mine elle-même !
Ils commencèrent à explorer le bâtiment. Tout était sale, poussiéreux et désordonné. Ici et là, des tables et des chaises gisaient, couchées à même le sol. Des liasses de feuilles, éparpillées et tâchées d’encre, étaient maintenues au sol par une fine couche de poussière. Des lampes étaient tombées et s’étaient brisées, semant des débris de verre dans certaines salles. D’autres, pendues au plafond, étaient encore allumées et éclairaient tant bien que mal les recoins sombres.
Ils arrivèrent finalement en face d’une cabine d’ascenseur, qui devait mener aux étages inférieurs de la mine. Vector appuya sur la touche d’appel, qui s’alluma aussitôt. Ils entendirent également l’ascenseur monter.
-C’est en état de marche. Commenta le crocodile. Ils ont dû quitter cet endroit avec empressement s’ils n’ont même pas pris la peine de couper l’électricité…
-Une mine…Marmonna Espio. C’est un drôle de lieu de rendez-vous, Non ?
-Ce n’est pas à nous de juger les méthodes de nos clients, Espio ! Du moment qu’ils payent, nous devons nous abstenir de tout commentaire. Il a bien précisé qu’il nous attendait au plus profond de la mine.
L’ascenseur arriva alors et les portes s’ouvrirent. C’était une cabine de taille moyenne, suffisamment grande pour contenir une dizaine d’humains s’ils se serraient un peu. L’équipe Chaotix n’eut aucun mal à y pénétrer. Espio considéra les innombrables boutons indiquant les étages avec un sifflement admiratif.
-Eh bien…Dit-il. Ils ont creusé profondément…
-5 kilomètres sous terre. Expliqua Vector. Un record. Ils avaient repérés l’un des plus grands minerais de diamant imaginables. C’est pour ça qu’ils sont allés jusque là.
Il appuya sur le tout dernier bouton.
-J’espère que vous avez emporté de quoi patienter ! Dit-il en augmentant le volume de son walkman.

Après plusieurs longues heures d’attente, la cage d’ascenseur s’immobilisa enfin et la porte s’ouvrit. Espio fit quelques pas en avant et inspecta les environs.
Ils étaient dans un long tunnel creusé à même la terre, sale et mal éclairé, où l’on avait construit des rails. Plusieurs petits wagonnets remplis de terre avait été abandonnés là, ainsi que de nombreuses machines servant sans doute à creuser plus efficacement. Quelques ampoules nues projetaient une vague lumière contre les murs suintants d’humidité. Au plafond, on avait fixé des tuyaux communiquant avec la surface pour diminuer la pression de l’endroit. Le tunnel s’enfonçait à perte de vue, descendant en pente douce dans les entrailles de la Terre.
-On y voit rien du tout ! S’enthousiasma Charmy. On joue à cache-cache ?
-Notre client doit nous attendre au fond de ce tunnel. Dit Espio sans prêter attention à la remarque de l’abeille.
-Exact. Répondit Vector. Allons-y, mais restez sur vos gardes !
-Sur nos gardes ?
-Cet endroit n’est pas très sécurisé, on risque l’éboulement.
Les Chaotix étaient supposés être des agents tous-terrains, et il était rare que leur boss s’inquiète à ce sujet, mais le caméléon ne fit aucun commentaire et s’engagea dans le tunnel. Celui-ci était de moins en moins éclairé et sécurisé, mais ne semblait pas avoir de fin. Les humains avaient de toutes évidence creusé de façon de plus en plus hâtive, impatients d’atteindre le minerai qui promettait une si grande richesse. Il devenait difficile de voir où on mettait les pieds, et les mercenaires devaient à présent frôler la paroi grumeleuse et humide d’une main pour se repérer. Les rails avaient disparus et de nombreux outils jonchaient le sol, certains intacts, d’autres brisés en deux et quelques uns totalement détruits.
Au bout d’un moment, les lampes se raréfièrent de plus en plus puis disparurent, plongeant le prolongement du tunnel dans le noir le plus total. Vector sortit une petite lampe de poche qu’il pointa vers les ténèbres. Le chemin continuait. Les Chaotix reprirent leur marche.
-On ne doit pas être bien loin du bout. Dit le crocodile.
Espio ne répondit pas. Le sol était maintenant inégal, de grosses mottes de terre manquaient à chaque pas de le faire trébucher. Les carcasses de pelles et de pioches se multipliaient, s’ajoutant à des casques surmontés de lampes brisées et des lambeaux de combinaison. A un moment donné, il crut voir une grande flaque rouge sombre sur une paroi, un bref instant éclairée par la lampe. Le tunnel se raccourcissait et devenait trop étroit pour permettre à plusieurs personnes de passer de front. Il devint si bas de plafond que Vector dut avancer littéralement plié en deux. De grosses pierres s’étaient décrochées du plafond au cours d’éboulements et gênaient leur marche.
Finalement, le tunnel arriva à son embouchure. Si on pouvait parler d’embouchure. Car il s’élargit brusquement de plusieurs mètres et découvrit un nouveau tunnel, bien plus grand et régulier. C’était un long tube cylindrique qui descendait en spirale. Toutes les pierres qui en émergeaient avaient été aplaties et polies, formant ça et là des dalles plus ou moins grandes.
Dans le premier tunnel, tout était nettement moins organisé et beaucoup plus inquiétant. La terre avait été jetée pelle-mêle de tous côtés, donnant plutôt l’impression de l’œuvre d’une bombe. Des amas de ferraille trahissaient la présence d’outils réduits en miettes. Mais surtout, à demi enfoncés dans le sol, il y avait des cadavres humains.
Même Charmy se tut. Tous contemplaient l’horreur de la scène, estomaqués. Vector fut le premier à se reprendre. Il s’avança avec précautions et examina la terre retournée. Il observa ensuite certains malheureux qui avaient péris ici. Finalement, il se tourna vers son équipe :
-C’est à n’y rien comprendre. Ces gens ont de nombreux os brisés, comme s’ils avaient été projetés par une explosion. En revanche, le sol ne comporte aucune trace de charbon. On dirait qu’un énorme bulldozer a tout saccagé.
-La chose, demanda Charmy, elle venait du gros tunnel ?
-Quoi qu’il en soit, trancha Espio, nous sommes de toute évidence victimes d’un piège. Je propose qu’on s’en aille avant d’y laisser notre peau.
Vector réfléchit quelques instants, augmentant légèrement le volume de son walkman pour mieux se concentrer. Il parcourut le tunnel en spiral du regard, puis dit :
-Non, ça ne colle pas. Ce client a forcément quelque chose à gagner de notre venue ici. Et, de toutes façons, j’ai l’intention de découvrir quelle est la cause de cette boucherie.
Sur ce, il s’engagea dans la galerie et commença à descendre. Charmy le suivit immédiatement. Il ne semblait pas très bien comprendre la gravité de la situation et était simplement surpris. Espio hésita quelques instants puis les suivit à son tour.


Dans les Profondeurs

Le caméléon perçut immédiatement le changement de tunnel. Cette galerie semblait tout simplement dater d’une époque supérieure à la première. Il n’y avait plus de tuyaux reliant le tunnel à la surface et pourtant, la pression n’avait aucune influence sur l’endroit. Les parois étaient lisses et planes, tournant lentement avec une régularité hors du commun. Certaines des pierres qui émergeaient étincelaient de la lueur des flammes, éclairant le tunnel. Et celui-ci s’enfonçait, toujours plus profondément dans le sol. Quels que soient ceux qui avaient bâtis cet endroit, ils possédaient une maîtrise de la Terre irréprochable, nettement supérieure à celle des humains.
Tout en marchant, Espio tournait et retournait tous les indices qu’ils possédaient, se torturant la cervelle. Quelqu’un leur avait demandé d’aller dans un endroit qui contenait certainement un danger mortel. C’était de toute évidence un piège pour se débarrasser des Chaotix ! Et pourtant, Vector voulait à tout prix aller jusqu’au bout. Il était sérieux et sur ses gardes, assurément conscient du danger qui planait sur ces lieux. Le caméléon l’observa à la dérobée. Son boss marchait plutôt lentement, regardant constamment autour de lui, assimilant les détails. Parfois, il effleurait les parois du bout des doigts, vérifiant leur régularité. Enfin, il examinait souvent la boîte sphérique qu’il avait gardée dans sa main. Il l’observait sous toutes les coutures, les sourcils froncés. Pourtant, cette boîte était parfaitement ordinaire. De carton épais, avec un petit rabat à peine visible pour l’ouvrir. Finalement, elle n’avait de légèrement fantaisiste que sa forme ronde.
Mais au fait, si les Chaotix étaient victimes d’un piège, que venait faire cette boîte dans cette histoire ? Ils avaient ordre de ne pas l’ouvrir…Que pouvait-elle contenir ? Espio se frotta le crâne pour atténuer son mal de tête. Tout ceci n’avait aucun sens…
Le grand « Oh ! » que poussa Charmy interrompit net ses réflexions. Celui-ci voletait quelques mètres devant eux et venait de passer la tête derrière une bifurquation. Ce qu’il vit le surpris tellement qu’il cessa de voler et se retrouva assis par terre, la bouche grande ouverte. Intrigué, le caméléon jeta lui aussi un coup d’œil et retint à grande peine une exclamation de surprise.
Ils venaient de déboucher dans une salle immense. Ses parois étaient couvertes de gravures, de symboles étranges et de fresques incompréhensibles. Pour ses dimensions, on pouvait raisonnablement miser sur un kilomètre de côté, tant la pièce était grande et haute. Mais elle n’était pas vaste pour autant. En fait, elle était constituée d’un gigantesque escalier de roche aux marches cylindriques, qui s’enroulait sur lui-même en formant une pyramide démesurée. Les premières marches étaient bien trop hautes pour que quiconque puisse les escalader et étaient finement ouvragées. Polies et arrondies, elles étaient un peu plates sur le dessous, et on y avait même creusé quelques plis et creux, comme sur une peau animal. Des motifs d’écailles, extrêmement précis, avaient été gravés dans la roche. Les marches devenaient progressivement plus étroites et plus basses, au fur et à mesure qu’on montait.
Espio scruta le sommet de la salle, sans prêter attention aux vertiges qui le saisissaient, et ses doutes se virent confirmés : ce n’était pas un escalier géant, ni même une pyramide. Ce qu’il avait sous les yeux n’était autre qu’une immense statue de serpent enroulé sur lui-même. Là-haut, trop haut pour qu’on voit les détails, il y avait la tête de la créature. Son museau de reptile levé vers le ciel, ses longs crochets acérés parfaitement visibles et ses yeux sertis de pierres précieuses, le tout si grand qu’on aurait pu bâtir une ville dans sa gueule ouverte, le monstre était complet sous leurs yeux. Plus vrai que nature, il rabaissait toutes les statues humaines à l’état d’art abstrait, et toutes les pyramides d’Egypte au stade de bibelots de poche.
-C’est fantastique. Lâcha Espio dans un souffle. Qui a bien pu bâtir un truc pareil ?!
-En tout cas, ils devaient avoir de bonnes échelles. Fit remarquer Charmy, un peu remis de sa stupeur.
-Je vous conseille de trouver vite un moyen de grimper là-haut. Dit Vector.
Espio se tourna vers lui. Le crocodile ne semblait pas très à l’aise. Il regardait constamment autour de lui, à l’affut. Devançant toutes questions, il dit :
-Si mes semelles me sont fidèles, on va avoir de la visite…
Le caméléon se tut, se concentrant uniquement sur le silence alentours. Et il sentit, lui aussi, le tremblement sous ses pieds de quelque chose qui avançait dans leur direction. Quelque chose d’assez gros et lourd, à en juger par les secousses…

Espio considéra le corps lisse et immense du serpent. S’il n’avait pas été un ninja, il se serait très certainement laissé aller à la panique. Escalader cette statue semblait tout bonnement impossible. Mais il était hors de question de faire demi-tour en espérant pouvoir passer outre la créature. Impossible également de se cacher dans la pièce, qui n’offrait d’autres abris que le serpent lui-même.
-Que peut-on faire ? Demanda-t-il à Vector, tentant de conserver un ton calme.
-J’espère que tu aimes voler…Répondit celui-ci en se tournant vers Charmy.
La petite abeille battit des mains, ravie de pouvoir se rendre utile.
-Youpi, on va voler ! Allez, tout le monde fait la chaîne !
Espio ne se le fit pas répéter deux fois et agrippa les chaussures de Charmy. Vector attrapa les pieds du caméléon et toute la bande s’éleva dans les airs. Charmy, bien plus puissant qu’on ne pourrait le croire, devait néanmoins monopoliser toute sa force dans ses ailes pour soulever ses deux coéquipiers. Il battait des bras et poussait de petits cris chaque fois qu’ils s’élevaient de quelques mètres. Vector semblait avoir oublié le danger tout proche et sifflotait en écoutant sa musique, donnant parfois quelques paroles d’encouragement à l’abeille.
Espio, lui, ne disait rien. Les dents serrées, il s’efforçait de ne pas perdre sa prise sans faire de remarques sur le poids de Vector. Un crocodile adulte qui s’accrochait à vos jambes ne pouvait que vous causer des désagréments…
Charmy parvint finalement au premier anneau du serpent et s’y affala pour reprendre son souffle. La montée s’était avérée pénible. Espio lâcha enfin prise et se massa les bras en grimaçant. Il jeta un coup d’œil vers le sommet de la salle : on était encore loin…
Un hurlement sauvage le fit se retourner précipitamment : la créature qui les poursuivait était arrivée devant la statue. Le caméléon dut la regarder un certain temps pour se convaincre qu’il n’était pas victime d’hallucinations. Ce monstre ne pouvait exister que dans les cauchemars ! On aurait dit un croisement entre un scorpion et une araignée géante. Son long corps noir, recouvert d’une épaisse carapace, devait avoir à peu près la taille et le poids d’un autobus. Ses longues pattes, repliés et solides, auraient été tout à fait celles d’une araignée si elles avaient été poilues. Le monstre n’avait pas de tête et semblait aveugle et sourd. Pourtant, il avait une bouche, agrémentée de puissantes pinces, qui semblait creusée directement sur ses épaules. De cet orifice s’échappait un long cri strident, un cri de prédateur qui vous glaçait le sang et vous paralysait sur place. La créature avait également la queue recourbée d’un scorpion, constituée d’un emboîtement compliqué de sphères noires, qui se terminait par un dard caractéristique, si on excluait le fait qu’il atteignait la taille moyenne d’un humain adulte.
L’apparition semblait avoir remarqué la présence des Chaotix, puisqu’elle commença à se jeter sauvagement contre la paroi de la statue. La roche ne s’abîma pas le moins du monde, mais de brusques secousses vinrent déstabiliser les détectives. Il ne faisait aucun doute que le monstre pouvait escalader la statue, mais ce ne semblait pas être son intention dans l’immédiat. Sans doute estimait-il que faire tomber les intrus comme des fruits mûrs était plus commode que venir les chercher…
-On doit continuer à monter ! Cria Vector, agrippé à la roche. Cette bestiole a certainement d’autres attaques à nous montrer.
-Bien reçu ! Répondit Espio tout aussi fort pour couvrir le hurlement du monstre.
Il était presque à plat ventre, ne pouvant qu’empoigner la pierre pour ne pas être projeté dans le vide.
-C’est reparti ! Clama Charmy. Tu vas voir, méchant !
L’abeille avait suffisamment récupéré pour reprendre son envol (et également pour retrouver son insouciance) et put reprendre son ascension. Espio jugea préférable de garder les yeux fermés pour rester entièrement concentré sur sa prise. S’accrocher à de petites baskets tout en supportant le poids d’un crocodile était déjà bien compliqué, et le monstre qui hurlait et faisait s’ébranler la statue n’aidait pas à sa concentration.
Celui-ci, d’ailleurs, poussait des cris de plus en plus furieux au fur et à mesure que les Chaotix montaient. Ses pinces cliquetaient comme s’il imaginait déjà les intrus entre ses mâchoires.
-Charmy ! A DROITE ! Hurla soudain Vector.
Espio ouvrit les yeux et regarda sous lui. La créature s’était immobilisée et sa queue de scorpion semblait s’être ramassée sur elle-même. Elle se déplia brusquement et, comme reliés entre eux par un élastique invisible, les sphères noires qui la constituaient s’étirèrent et s’espacèrent, projetant les dard géant vers les détectives. Espio le sentit le frôler tandis que Charmy s’effaçait rapidement sur sa droite. Il vit sa pointe verdâtre, sans doute empoisonnée, et constata avec horreur que l’arme était rouge de sang séché.
L’abeille, effrayée par la présence du dard sous elle, se surpassa et monta deux fois plus vite, battant ses records de vol haut la main. Elle ne tarda pas à atteindre la mi-hauteur du serpent. Espio observait la paroi de la statue qui défilait devant lui, ne pouvant s’empêcher d’admirer la richesse des détails. Après tout, il était actuellement incapable de faire quoi que se soit, et ne pouvait qu’essayer de garder son calme.
Le monstre, quand à lui, semblait fou de rage de les voir progresser si vite. Il se mit à tourner frénétiquement autour de la statue. Il tenta une nouvelle fois de projeter son dard vers les Chaotix, mais ceux-ci étaient bien trop haut à présent. Il se jeta de nouveau contre la paroi, faisant trembler tous les murs sans que cela n’affecte l’abeille le moins du monde. La créature poussa un autre hurlement, qui ressemblait plus à un cri de panique, et se remit à tourner autour de la statue, s’immobilisant parfois pour gratter la roche sans grande conviction. Il semblait hésiter à escalader la statue, retenu par une force invisible.
Charmy atteignit finalement le rebord de la gueule du serpent, y déposa ses deux coéquipiers puis s’affala sur le museau de Vector, complètement épuisé par l’effort violent qu’il venait de fournir. Espio regarda autour de lui, saisi d’un certain malaise. Le rebord sur lequel ils se tenaient était suffisamment large pour permettre à toute une colonie de vacance de s’y déplacer sans crainte. Les bâtisseurs de cette œuvre de titans avaient poussé le détail jusqu’à creuser chacun des plis sur la tête reptilienne et à graver une pupille sur les deux rubis qui constituaient les yeux du serpent. Ses crochets recourbés avaient la taille moyenne d’un arbre et étaient suffisamment tranchants pour y empaler un éléphant en armure. Enfin, chose curieuse, la gueule ouverte de la bête était remplie de terre.
Loin sous eux, le monstre poussa un hurlement de rage et de panique et se décida à escalader, lui aussi, la statue. Mais s’il grimpait avec l’aisance d’une araignée, il le faisait avec précaution, lentement et habilement, comme avec respect.
-On est tombés dans le panneau ! Jura Espio, exaspéré. Personne ne nous attendait dans cette satanée mine !
-Bien sûr que personne ne nous attendait, répliqua Vector plus calmement, sinon il se serait débrouillé pour attirer les flics loin du bâtiment ! Ce que je me demande, c’est le rôle de cette boîte dans toute cette histoire…
Il l’examina de nouveau, porta ses doigts au rabat de carton, inspira profondément et ouvrit la boîte. De là où il était, Espio ne pouvait voir l’intérieur de la boule de carton, mais il vit l’air décontenancé de Vector. Il la regardait fixement, la bouche entrouverte.
-Ce…C’est impossible ! Souffla-t-il.
-Quoi ? Qu’est-ce que tu as vu ?
-Rien ! S’exclama-t-il en agitant le carton sous le nez du caméléon. Cette boîte est vide !
C’était vrai. L’intérieur était aussi vide et banal que l’extérieur. Un instant surpris, Espio se reprit vite et répondit :
-Cette boîte n’était sans doute qu’un prétexte pour nous conduire ici. C’est pour ça que notre « client » nous a interdit de l’ouvrir.
Le crocodile se tut, apparemment furieux de s’être fait avoir jusqu’au trognon. Espio, lui, avait d’autres choses en tête. Par exemple, le monstre qui se rapprochait d’eux, lentement mais sûrement…
Vector aussi l’aperçu et, pendant un instant, il parut sérieusement paniqué. Comment pourrait-on lutter contre un tel adversaire ? C’était tout bonnement impossible ! Et comment lui échapper, alors que Charmy était trop épuisé pour porter ses coéquipiers ou même pour voler seul ?
Mais il se calma vite. Il recala son walk-man sur son crâne, sortit un énorme chewing-gum qu’il se mit à mâcher placidement et sifflota un petit air. Le caméléon fit un effort pour ne pas étrangler son boss. C’était donc tout ce qu’il trouvait à faire ?!
-Vector…Commença-t-il, le ton de sa voix trahissant un peu de sa panique.
-Prend cha, coupa le crocodile en lui lançant la boîte de carton.
Espio la rattrapa, surpris. Que pouvait-il bien faire de ce vulgaire morceau de carton ? Il regarda Vector d’un air interrogateur.
-Je vais avoir les mains pleines. Expliqua celui-ci sans cesser de mâcher. Je dechends avec Charmy pendant que toi, tu echayes de faire diverchion.
Il ne fit aucune objection. L’idée n’était pas seulement bonne, elle était logique. Espio était le plus rapide et le plus discret de la bande, il était le seul à pouvoir échapper à ce monstre. En fait, la pensée d’un plan le rassura grandement. Aumoins,maintenant,il avait quelque chose à faire. Il se demanda néammoins s’il pouvait se débarasser de cette boîte qui ne lui servait pas à grand-chose, pour ne pas dire à rien. Finalement, il décida de la garder avec lui. Après tout, peut-être que Vector pourrait retrouver leurs ennemis à partir d’elle ? Mieux valait ne rien laisser au hasard…
Le caméléon s’éloigna donc de son équipe et sauta de la gueule du serpent pour atterrir sur l’un des anneaux. Le but n’était pas de s’enfuir, mais d’attirer l’attention sur lui. Aussi se débrouilla-t-il pour retomber lourdement sur la pierre, en faisant de grands gestes avec les bras. La ruse fonctionna à merveille. Le scorpion se retourna d’un bloc et se dirigea droit vers Espio. Bien qu’apparement très rapide, le monstre semblait se refuser à employer toute sa vitesse tant qu’il serait sur la statue. Ce respect poussé à l’extrème permit au caméléon de se maintenir à bonne distance de son adversaire. Il fit une fois le tour du serpent, puis sauta vers un anneau plus large, en prenant toujours soin de se faire remarquer de son poursuivant. Là, il dut se jeter à terre pour éviter le dard qui filait dans sa direction. Celui-ci le frôla de si près qu’il le sentit presque sur sa nuque. Il se releva rapidement en roulant sur le côté et descendit encore quelques étages.
Arrivé à mi-hauteur de la statue, il se permit une pause et regarda vers ses coéquipiers. Vector avait sauté dans le vide, Charmy dans les bras, et avait presque atteint le sol. _ Il gonfla alors une immense boule de chewing-gum qui freina considérablement sa chute. La manière dont il descendit les derniers mètres, suspendu par les mâchoires et se balançant lentement au gré de sa boule de gomme, était à se tordre. Mais Espio avait autre chose à faire que rire.
A présent, plus rien ne pouvait empêcher ses coéquipiers de regagner la surface. Le caméléon devait maintenant songer à s’enfuir lui aussi. Il s’effaça juste à tant pour éviter une nouvelle attaque et se mit à courir aussi vite que le lui permettaient les secousses provoquées par le monstre. Sa tête commençait à tourner. Il avait l’impression de marcher en plein cauchemard, que ses jambes se mouvaient avec une lenteur atroce. La proximité du monstre, tous ces efforts fournis en une seule journée, et ses craintes qui s’empilaient inexorablement, encouragées par le silence irréel qui régnait sous terre, tout cela le troublait profondément. Il courait maintenant les poings sur les tempes, sans regarder où il allait ni où se trouvait la créature. Celle-ci avait accéléré, depuis un certain temps. C’était mauvais signe. Si sa colère prenait le dessus sur son respect, Espio ne pourrait pas lui échapper longtemps. Là encore, il fallait détourner son attention, juste assez pour pouvoir s’enfuir.
« Il y a des trucs qui ne ratent jamais » se rappela soudainement Espio. Pourquoi ne pas utiliser le même procédé qu’avec les gendarmes ? Il pouvait envoyer un shuriken vers le sommet de la statue, et profiter de la brève inattention du monstre pour rejoindre la sortie ! Comme dans un rêve, il s’arrêta et se tourna vers le serpent. Il sentit confusément son bras se déplier et ses doigts s’espacer. Il entendit le léger sifflement d’un objet qui fendait l’air et alors, il se rendit compte de ce qu’il venait de faire :
La boîte ! La boîte de carton que lui avait remis Vector ! Ce n’était pas un shuriken qu’il tenait dans sa main !
Espio resta paralysé quelques instants, le bras toujours tendu devant lui. Qu’avait-il fait ? Etait-il si effrayé pour se permettre de commettre une telle erreur ?
Quoi qu’il en fut, le leurre produisit l’effet escompté. Le monstre réagit immédiatement au bruit mat de la boîte contre la pierre et grimpa aussitôt vers le sommet en poussant des sifflements furieux.
Le caméléon hésita quelques instants. Etait-il nécessaire de retourner chercher la boîte ? Pas vraiment. En tout cas, pas sans risquer sa vie. Non, décidément, ce serait prendre des risques inutiles. De toutes façons, la créature semblait maintenant persuadée que son ennemi se trouvait aux étages supérieurs de la statue, et elle s’acharnait à attaquer dans le vide, se tournant de tous côtés.
Devant une telle aubaine, le caméléon ne pouvait que saisir sa chance. Il s’empressa donc de dévaler les derniers étages, le plus silencieusement possible, cette fois. Il ne mit pas longtemps à se retrouver au pied de la statue, et encore moins à regagner la sortie. Le cœur battant, en sueur, il rejoignit ses coéquipiers qui l’attendaient dans le tunnel.
Vector achevait de mâcher son chewing-gum, se débattant avec la matière collante et élastique. Charmy, roulé en boule à côté de lui, dormait profondément, épuisé par les évènements.
-Ah ! Félicitations ! Dit le crocodile en voyant arriver Espio. On dirait que tu as réussi à te débarasser de ce g…Ca ne va pas ? Demanda-t-il brusquement. Tu es tout pâle.
-Pas grand-chose, répondit le caméléon en s’essuyant le front, enfin, je ne sais pas… Je ne sais pas ce qui m’a pris…En tout cas, j’ai perdu la boîte.
Vector le regarda attentivement. Son partenaire semblait confus, une réelle incompréhension se lisait sur son visage. Non, il ne savait vraiment pas ce qui lui avait pris.
-Bah, ça ne fait rien. Assura le crocodile en haussant les épaules. Ce n’est pas ce bout de carton qui va nous rapporter une prime. Rentrons, maintenant. Je pense qu’on a bien mérité un peu de repos !
Espio souleva Charmy et se dirigea vers la sortie du tunnel, mais il ne semblait pas très convaincu. De toute sa carrière d’espion, il n’avait jamais commis la moindre gaffe dans son travail. L’idée d’avoir fait une erreur aussi stupide assombrissait grandement son moral.
-Ne dramatise pas pour si peu, Espio ! Continua Vector. Ce n’était pas de ta faute.
Il le laissa prendre un peu d’avance, prenant le temps d’examiner encore une fois les parois impeccablements creusées. Il parcourut du doigt l’une des gravures qui ornaient la pierre, puis il partit rejoindre son équipe.
-Non, murmura-t-il pour lui-même, ce n’était pas de sa faute…



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