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Le Rituel de Puissance ép. 3

Publié par Nadramon le 31 août 2004

Après la deuxième vient inévitablement la troisième partie de « Le Rituel de Puissance ». Cette partie, divisée en deux chapitres, restera sans doute la plus courte, mais elle est suffisamment importante pour mériter d’être séparée des autres. En effet, elle est en quelques sortes la transition entre les deux étapes de mon histoire…


A travers les murs

C’était une nuit paisible, déjà bien avancée. Rien n’aurait pu laisser supposer qu’elle serait différente des autres…Quelques robots patrouillaient, comme à l’accoutumé. Par soucis de discrétions, il s’agissait de robots-caméléons qui ne devenaient visibles que pour lancer leurs attaques. Ils étaient postés aux pieds d’une falaise, entourant un bloc de pierres qui obstruait une crevasse.
Ce bloc de pierres, bien qu’admirablement façonné, ne pouvait résister à un examen attentif. Quiconque le scruterait à la loupe s’apercevrait inévitablement qu’il était de métal et non de roche. Mais personne ne pouvait tirer de telles conclusions sans être sur place. Or, les robots en faction veillaient justement à ce que cela n’arrive en aucun cas.
Un bruit à quelques mètres d’eux les fit tourner la tête. Quelque chose ou quelqu’un s’était tout bonnement jeté du haut de la falaise et atterrissait près d’eux, sa chute ralentie par les réacteurs qu’il avait dans le dos.
Le nouveau venu se redressa et marcha lourdement vers les gardes. Il possédait le nombre standard de bras et de jambes propre à la plupart des espèces vivantes, mais sa tête soudée à son torse, sans cou ni épaules, ainsi que sa démarche mécanique trahissaient sa nature : c’était un robot. Ses grands bras soutenaient un amoncellement de câbles, de fils électriques et d’outils.
Arrivé auprès de la crevasse, il se mit à « parler » à la manière de la plupart des robots, c’est à dire qu’il émit une série de sons propres aux machines, entrecoupés çà et là de phrases dénuées de sens. Ce charabia devait néanmoins avoir une signification, car le bloc de pierres s’ébranla brusquement. Une partie du métal qui le constituait se détacha du reste, dévoilant une porte coulissante qui s’ouvrit dans un chuintement. Le robot se trouva alors face à un long couloir de métal qui s’enfonçait dans la falaise et dans lequel il s’engagea rapidement, sans un regard derrière lui. La porte se referma immédiatement après son passage et le bloc se remit en place.
Dehors, rien ne bougeait.

Le robot poursuivit son chemin, d’abord le long du couloir, puis à travers un véritable dédale d’escaliers et de portes, de chemins et d’ascenseurs. Tout était noir et métallique mais, contrairement au premier couloir, brillamment éclairé par des néons accrochés au plafond. Sur chaque porte et sur chaque ascenseur, on pouvait voir un logo gravé dans le métal, représentant un visage rond et chauve, grimaçant derrière son épaisse moustache.
La base n’était pas désolée, loin de là. On ne pouvait faire un pas sans croiser un robot qui allait ici ou là au pas de course. Il y en avait partout, grouillants de tous côtés telle une colonie de fourmis : une formidable pagaille en apparence, mais un ordre militaire en vérité. Mais, au milieu de tout cela, on ne voyait pas un seul être vivant…
Le robot ne se préoccupait nullement de cette activité fiévreuse. Il emprunta plusieurs couloirs suivants tous la même ligne droite, s’enfonçant de plus en plus profondément dans la falaise. Il prit ensuite plusieurs ascenseurs qui l’entraînèrent dans les sous-sols.
L’ambiance n’était pas la même ici. Le nombre de robots avait fortement diminué, on n’en voyait que quelques-uns uns qui se déplaçaient le plus silencieusement possible. Des sentinelles étaient postées devant chaque porte, gardant un œil sur tous les individus qui entraient et sortaient. Chaque mètre carré de la base était surveillé en permanence par une caméra qui restait toujours fixe, ne laissant aucun angle mort. Alors qu’aux étages supérieurs, on avait les tympans percés par le vacarme des machines qui travaillaient, babillaient des ordres et faisaient résonner le métal sous leurs pas, ici le silence était oppressant. On ne pouvait entendre que le bruit lent et régulier de quelque chose qui devait être un générateur. Une sorte de râle profond et continu, comme un géant à l’agonie.
Le robot marcha pendant plusieurs minutes à travers la base, dépassant de nombreuses portes blindées et gardées, toujours sous l’œil de nombreuses caméras de surveillance. Il atteignit finalement une porte plus haute que les autres, tout au bout du couloir. Celle-ci était gardée par une dizaine de robots, des E-2000 armés de lasers. Ces robots étaient les meilleurs que l’on pouvait trouver en série actuellement, et comptaient parmi les seuls capables de se défendre et d’attaquer alternativement. Ils s’écartèrent de quelques pas en voyant arriver leur congénère cybernétique.
La porte en elle-même était impressionnante. Haute d’une dizaine de mètres, elle était épaisse de cinq mètres environs. Le métal qui la constituait semblait presque trop lourd pour que le sol le supporte. Le robot ne perdit toutefois pas de temps à en admirer les détails. Il s’approcha du tableau de commande et tapa une suite compliquée de quarante chiffres et lettres. Une fois le code tapé, une petite lumière verte s’alluma au sommet de la porte. Celle-ci s’ébranla dans un vacarme infernal, se séparant en deux moitiés qui s’enfoncèrent dans les murs.

La salle qui se dévoila était, comme le reste de la base d’ailleurs, toute de métal noir, éclairée d’une violente lumière blanche. Seules deux portes permettaient d’y accéder : la principale, celle par laquelle était entré le robot et une seconde, qui donnait directement sur l’extérieur, gardée du dehors par toute une escouade de robots-caméléons. La salle était très haute, le plafond en forme de dôme traversé de quelques poutres métalliques et percé en son centre par un énorme pilier qui, pourtant, n’était pas nécessaire pour soutenir le tout. Ce pilier était de verre épais, rempli d’un liquide bleu qui tournoyait en montant vers le plafond. Sa base, qui était de métal, était couverte de boutons et d’écrans de contrôle. Elle contenait également sept anfractuosités où étaient placées sept émeraudes de couleurs différentes. C’était de ce pilier que venait le râle profond. C’était assurément un générateur.
Près du générateur, il y avait une grande table de travail, encombrée de fils électriques qui montaient jusqu’au plafond, autour de laquelle des dizaines de robots s’affairaient. Tous ces robots étaient menés par un gros homme moustachu qui vociférait des ordres. Le robot s’approcha de la table de travail et déposa ses outils sur l’un des bords, puis il s’en alla rapidement.
Eggman se frotta les mains. Enfin ! Enfin, il y était ! Ces outils qu’on venait de lui apporter suffiraient à terminer son projet. Depuis le temps qu’il cherchait ! Il avait passé des semaines, peut-être même des mois, à rassembler toutes les Chaos Emeralds dans la plus grande discrétion. Des semaines encore il avait passé dans les profondeurs de cette base, à réparer cette arme destructrice découverte par son grand-père.
Il jeta un coup d’œil sur la table de travail d’un air satisfait. Dessus reposait un petit robot ocre, qui semblait être en pierre plutôt qu’en métal. Son corps, mis à part sa tête, était humanoïde. Celle-ci, toute ronde, avait en guise d’yeux deux pierres turquoises et possédait une corne orange sur le front. Tout cela ne paraissait pas bien dangereux…Mais Eggman savait, par son grand-père, que ce robot appelé Gizoïd avait le pouvoir d’utiliser l’énergie des Chaos Emerald, et de copier les techniques de ses adversaires. Plus le Gizoïd combattait, plus il devenait puissant. Cette puissance qui grandissait sans cesse, ajoutée au pouvoir des Chaos Emeralds, devrait rendre ce robot très rapidement invincible ! Quoi de mieux pour conquérir le monde ?
Et maintenant, le Gizoïd était réparé. Plus rien ne pouvait l’arrêter.
-Je vais ENFIN pouvoir créer mon empire ! S’exclama joyeusement Eggman. Le Gizoïd asservira le monde et cette fois, Sonic, tu ne pourras pas m’en empêcher !
-Sans blague, Doc ?!
Le savant sursauta. Cette voix goguenarde, il l’aurait reconnue entre mille. Mais c’était impossible ! Il ne connaissait pas l’existence de cette base ! Il n’avait pas pu entrer par la seconde porte outre les robots de garde ! C’était impossible !
Il releva lentement la tête. Assis sur l’une des poutres du plafond, balançant ses jambes dans le vide, un petit hérisson le regardait d’un air moqueur. Il était bleu, un peu rebondis, et avait de grands yeux verts malicieux.
-S…SONIC !!! Hurla Eggman. Mais c’est impossible ! Les gardes…
-Oh, vous voulez dire ces boîtes de conserves à tête d’iguane ? Demanda le hérisson d’un ton faussement surpris. On va dire qu’ils ont fait une sieste…
Il désigna la table de travail et reprit en riant :
-Et c’est avec CA que vous comptez conquérir le monde, Doc ? Franchement, c’est décevant ! J’ai juste le temps de m’en occuper avant le petit déjeuner ! Il est déjà tôt, vous savez…
-TU NE SAIS PAS DE QUOI EST CAPABLE CE ROBOT !!!!!! Coupa le docteur, hors de lui. Avec les Chaos Emeralds que j’ai patiemment récupérées, il sera invincible ! Tu ne pourras jamais le battre !!
-O.K. Merci pour l’info ! Donc, tout ce que j’ai à faire, c’est de prendre les émeraudes !
Il se redressa soudain et sauta sur une nouvelle poutre avec souplesse. Eggman resta un instant paralysé de fureur, puis il se reprit et se mit à vociférer :
-ALERTE GENERALE ! TOUS LES ROBOTS DANS LA SALLE DU GENERATEUR ! DETRUISEZ CE HERISSON !
Les robots de gardes accoururent, surgissant de la porte principale dix par dix. Ils parurent un peu déboussolés mais, obéissant aux ordres de leur maître, ils se mirent à tirer un peu partout, détruisant les poutres et imprimant de grosses marques de lasers sur les murs. Eggman les encourageait de vive voix, leur hurlant de tirer ici ou là, les injuriant devant leur maladresse.
Sonic, lui, semblait s’amuser comme un fou. Il sautait tantôt sur une poutre et tantôt sur un robot, leur adressant des grimaces et riant à gorge déployée :
-Eh, les gars, c’est tout ce que vous avez ?! Par ici, boîte de conserve ! Youhou, je suis là !
Les robots semblaient totalement dépassés par la vitesse de leur ennemi. Celui-ci bondissait partout, ne restait jamais au même endroit plus d’une seconde, esquivait les attaques avec une insouciance incompréhensible. Ne sachant pas où tirer, ils tiraient partout et n’importe où, détruisant tout ce qui passait à leur portée. Sans avoir eu à utiliser une seule de ses attaques, Sonic s’était de cette manière débarrassé de la moitié de l’armée.
Au bout de quelques minutes, il regagna l’une des poutres, fit une pirouette pour éviter un missile, puis il s’immobilisa et dit avec un sourire mystérieux :
-J’y suis presque ! Il ne me reste plus qu’une seule chose à faire ! Ce sera soit le plus dur…(son sourire s’élargit) soit le plus simple…
Et, brusquement, il fit volte-face et s’enfuit en direction de la seconde porte.

Eggman resta abasourdit quelques instants. Il était parti ! Il était parti sans prendre les émeraudes ! Et juste après avoir dit qu’il y était presque, comme si cela ne suffisait pas ! Ce hérisson était incompréhensible !
Il jeta un coup d’œil dans la salle. Il y avait des carcasses de robots un peu partout, et les murs auraient bien besoin d’être restaurés. Mais la table de travail et le générateur étaient tous deux intacts. C’était l’essentiel.
-Bon, grommela-t-il à l’adresse des robots rescapés, rangez-moi toutes ces pièces détachées, je m’en occuperai plus tard ! L’important, c’est que ce hérisson n’ait pas…
Il n’acheva pas sa phrase. Hébété, il regardait dans la direction du générateur. C’était impossible, impossible, et pourtant…Eggman poussa un cri de rage. Les Chaos Emeralds ! Elles avaient disparu ! Sonic avait dû les prendre pendant qu’il feignait de s’amuser avec les robots ! Un ralenti des images prises par les caméras de surveillance lui montrerait certainement la façon dont il s’y était pris. Mais pour l’instant, il avait quelque chose à vérifier.
Le savant s’approcha de la seconde porte. Il fallait bien vérifier si les robots-caméléons étaient tous détruits, et si les pièces étaient récupérables ! Mais, devant la porte, il s’immobilisa, catastrophé. Pendant quelques instants, il crut vraiment qu’il devenait fou.
-C’est impossible…Souffla-t-il pour l’énième fois. Impossible…
La seconde porte, celle par laquelle Sonic était arrivé et par laquelle il s’était enfuit, la seconde porte était fermée.
Elle n’avait jamais été ouverte.


L’attaque de la Brume

Knuckles soupira, regarda quelques instants le ciel sans nuage, puis il rejeta la tête en arrière et laissa le soleil inonder son visage. C’était vraiment une belle journée, une brise fraîche tempérant la chaleur de l’après-midi ensoleillé. C’était par ces journées-là que les flâneurs avaient l’habitude de s’allonger paisiblement dans l’herbe et de s’y reposer sans se soucier ni de ce qui les entoure ni du temps qui passe.
Knuckles, avec ses yeux clos et son visage calme, semblait être un exemple de ce genre de flâneur. Qui aurait pu soupçonner que, sous son air détendu, il était à l’affût du moindre bruit ? Qui aurait pu songer que, assis au soleil, il était prêt à bondir au moindre mouvement ? Autant de choses qu’il cachait par habitude.
Presque toute sa vie, il l’avait passée ici, sur Angel Island. Cette île parfois si sombre, enveloppée de brume et immobile sous les assauts de l’orage et souvent si magnifique, de sa beauté puissante et mélancolique qui ressortait tant à la lumière du soleil. Et tout le restant de son existence, c’était ici qu’il resterait. Combien d’années lui avait-il fallu pour accepter cette destinée ? Il ne se souvenait plus, n’avait plus tellement le sens du temps qui passait.
Par contre, il se souvenait clairement de l’angoisse de ses premières années de gardien, alors qu’il était si jeune. Sortir brusquement de l’enfance, grandir au-delà de l’adolescence et au-delà de l’âge adulte bref, s’élever brusquement au stade de gardien. La peur confuse d’échouer, savoir que la moindre faiblesse, le moindre échec aurait sur le monde entier des conséquences terribles. Ce sentiment de détresse, savoir qu’il devrait désormais rester seul et ne compter que sur lui-même, qu’il ne pourrait jamais plus se tourner vers personne pour demander un avis ou une aide ; savoir qu’il devrait passer son existence à se battre, sans cesse, et à toujours faire mieux que ce qu’il avait fait la veille, toujours augmenter sa puissance. Et enfin, peut-être le plus douloureux, cette impression intense de déchirure, d’avoir été arraché à ses racines. N’était-il pas un guerrier des terres et des flammes ? Sa place n’était-elle pas sur la terre ferme ? Pourquoi devait-il désormais vivre sur une île perdue dans le ciel ? Mais, sans avoir jamais prononcé une seule parole de révolte, il avait accepté toutes les responsabilités imposées et s’était plié devant son destin.
Aujourd’hui, tous ces sentiments, toute cette souffrance s’étaient apaisés. Non pas éteints, car on ne peut oublier totalement un tel bouleversement de l’existence, mais l’ouverture avait rétréci et ne laissait plus qu’un souvenir lancinant, une plaie à moitié cicatrisée. De sa douleur passée, il ne restait plus qu’une sourde mélancolie, une gravité calme qu’on pouvait parfois percevoir dans sa voix et son regard, et qu’il s’efforçait de cacher.
Contraint d’y rester à jamais, Knuckles avait appris à aimer cette île, si glaciale l’hiver et si sombre dans ses nuits brumeuses. Elle était toujours si belle et si calme ! Il y trouvait une sérénité d’esprit, une sensation de devoir accompli qui s’évanouissait chaque fois qu’il devait descendre. Cette île était la sienne, après tout. Une île qui lui avait paru si immense les premiers jours, mais qui semblait si petite maintenant qu’il en connaissait le moindre brin d’herbe. Il avait dû cesser de désirer la Terre, la multitude de paysages qu’elle offrait. Il y avait tout simplement renoncé, ne ressentant qu’une petite pointe de tristesse qui réapparaissait parfois, quand tout était calme. Maintenant, il aimait l’isolement de cet endroit, qui cadrait avec sa propre solitude.
Il avait également dû se faire à sa responsabilité envers l’Emeraude Maîtresse, cette émeraude si puissante à qui il devait à jamais assurer la protection… L’émeraude était également sienne, et il devait lui attacher autant d’importance qu’à sa propre vie, plus qu’à sa propre vie. Il s’y était fait. Son sens du devoir était si profondément ancré en lui que, si maintenant on lui proposait de confier sa place de gardien à un autre et de devenir libre, il refuserait. Cette émeraude était, en quelque sorte, tout ce qu’il lui restait, et pour rien au monde il ne l’aurait laissée à un autre.
Depuis le temps qu’il suivait le rythme lent des saisons, sur Angel Island, temps qu’il consacrait à son entraînement intensif, qu’il passait à lutter contre tous ceux qui s’en prenaient à l’Emeraude Mère et à observer, regarder le monde qui continuait sa route autour de lui, sans lui…Depuis tout ce temps, il ne pensait pas que quelque chose aurait pu un jour le rattacher à ce monde. Sur ce point, il s’était trompé lourdement. Un événement important avait tracé un sérieux tournant dans son existence, événement qui avait pris la forme d’un savant fou volumineux et d’un petit hérisson bleu, particulièrement rapide. Ce savant était devenu son principal ennemi, avec ses plans machiavéliques et ses méthodes lâches. Quant au hérisson, il était maintenant un partenaire de bataille en quelques sorte, et il leur était arrivé bien souvent de s’allier pour lutter ensemble contre le docteur Eggman. Sonic et sa bande étaient même devenus, autant que possible, ses amis.
Knuckles ne savait toujours pas que penser de ce hérisson, dont l’insouciance et la joie de vivre en toute liberté contrastaient tant avec sa propre discipline et sa résignation face aux coups du destin. Mais il savait que même s’il l’avait voulut, il n’aurait pas pu éprouver une quelconque jalousie ou colère devant ce gamin que la chance avait tant servi.
Jusqu’à présent, il avait pu se persuader que Sonic et les autres ne représentaient pas grand-chose pour lui, qu’ils n’étaient que des associés temporaires. Mais les événements récents avaient mis cette certitude en doute. Quelques mois auparavant, Eggman avait mis au point un nouveau plan pour conquérir le monde. Pour le déjouer, Sonic, Tails et Knuckles avaient décidé de s’allier et d’œuvrer ensemble. Ce travail d’équipe, à la grande surprise de l’échidné, s’était révélé d’une saveur étrange et inconnue, lui apportant un sentiment qu’il croyait éteint depuis longtemps : la confiance. Il avait su faire confiance à ses deux partenaires, utiliser ses capacités et les mêler à celles des autres. Il s’était presque laissé gagner par l’enthousiasme de Sonic, ravi de pouvoir agir ainsi, à plusieurs. Presque. Finalement, ils avaient vaincu ensemble, mais Knuckles était tout de même retourné sur Angel Island. Le devoir, ne jamais oublier le devoir.

Knuckles interrompit net ses réflexions et se redressa. Il n’avait rien vu, rien entendu, il avait sentit. Comme une aura malsaine planant au-dessus de lui. Il balaya vivement le paysage du regard. Tout était calme, immobile. Quelques nuages sombres étaient venus masquer le soleil et la brise ne soufflait plus. L’île semblait plus menaçante, plongée dans l’ombre… Et il y avait cette impression qui ne le quittait pas, un frisson glacé qui courait le long de sa colonne vertébrale. L’impression étrange que chaque brin d’herbe abrite un ennemi à l’affût, et que le silence n’est qu’une inspiration rapidement suivie du souffle violent des évènements. A cette sensation de danger s’ajoutait un autre élément immatériel, qui avait quelque chose de curieusement familier, mais il était bien trop confus pour être identifié…
Il scruta de nouveau le décor, pivotant lentement sur lui-même, et sursauta. A quelques mètres de lui, là où quelques instants auparavant il n’y avait rien, se dressait un robot. Bloc de métal noir sans tête, aux jambes rectangulaires dépourvues de pieds, avec en guise de main une arme à feu accrochée à son bras droit, on avait pas besoin de jeter un coup d’œil à son logo pour deviner qu’il s’agissait d’un robot de GUN. Le style de ce monstre, hideux et tranchant, parlait de lui-même.
L’échidné avait déjà eu affaire aux militaires de GUN, et il savait bien que ceux-ci ne se gêneraient pas pour tenter de voler l’Emeraude Maîtresse. Pourtant son poing resta en suspens. Trop de choses demeuraient sans logique ! Comment ce robot avait-il bien pu arriver ici, sans qu’on entende un seul bruit d’hélicoptère ou d’avion ?! Comment avait-il pu s’approcher si près, alors que ces machines faisaient en se déplaçant un vacarme épouvantable ?! Et même si les militaires avaient trouvé une solution à tous ces problèmes, pourquoi n’avaient-ils pas envoyés toute une armée ?! Tenter de prendre l’Emeraude Mère avec un unique robot était folie pure. Il restait immobile, le poing levé, indécis.
Mais quand il vit l’être métallique brandir son arme et viser le temple, ses doutes se dissipèrent. Quels que soient les mystères qui planaient autour de ce robot, l’essentiel était de protéger l’Emeraude à tout prix ! Il se dressa entre l’autel et l’attaquant, ultime précaution contre une offensive inattendue, bondit en avant et frappa violemment le torse de métal. Un coup de cette puissance pouvait détruire presque n’importe quel robot, et une machine plus solide que celle-ci aurait aussitôt volé en éclats, détruite avant même d’avoir pu esquisser un geste. Celui-là n’avait aucune chance.
Pourtant, la dernière chose à laquelle Knuckles se serait attendu se produisit : au contact de son poing, le robot s’ouvrit sans résistance, se troubla, ses traits s’emmêlèrent et son image se déforma, comme on crève un reflet à la surface de l’eau. Au final, le bras de l’échidné traversa une surface d’un bleu translucide, ni vraiment liquide ni spécialement vaporeuse, y faisant apparaître quelques rides autour de son coude. Knuckles resta quelques instants immobile, paralysé par cette subite transformation. Devenait-il fou ?! Ou bien s’agissait-il d’une inconcevable capacité de cette ex-machine ?!
Mais la sensation de danger ne s’apaisait pas, loin de là. Elle allait même en empirant, s’emparant de son être et lui asséchant la gorge. Ce qui le saisissait était de la peur, une peur instinctive et puissante, comparable à la panique enfiévrée que l’on éprouve dans les cauchemars. Il eut beau tenter de se reprendre, de résister à ce flot tumultueux qui l’assaillait, tout autour de lui sembla se disloquer. Ses pensées se dissociaient les unes des autres, se bousculaient et s’emmêlaient sans cohérence. Au fond de son cœur, une bête traquée grattait le sol et courait en rond, ses efforts pour s’arracher à cet ennemi invisible et s’enfuir devenant peu à peu folie. Des phrases effrayées surgissaient çà et là dans son esprit. Phrases de peur, phrases de panique. Fuis, cours !…haletaient-elles avec effroi. Retire ton bras…Cette chose…Fuis, retire…Cette chose est la mort ! Retire ton bras…Cette chose tue !
Knuckles tira son bras en arrière, essayant désespérément de reprendre le contrôle de ses pensées, de leur donner une logique. Il avait l’impression de sombrer en plein cauchemar. Il se heurta soudain à une résistance qui ne fit qu’accroître son trouble : il ne parvenait pas à se dégager ! Il avait beau tirer de toutes ses forces, son poing restait paralysé dans le vide ! Tenter de disperser la brume n’avait aucun effet : amas de béton qui emprisonnait son bras droit, elle n’était qu’une surface immatérielle pour son bras gauche.
L’échidné sentit alors une douleur vive au niveau de son bras paralysé, douleur qui se propageait lentement dans tout son corps, l’engourdissant et l’affaiblissant considérablement. Il lui semblait que ses propres forces s’arrachaient à lui, transperçant ses veines, déchirant sa chair. Un étau lui enserrait le crâne, entourant d’ombres son champ de vision, l’assommant progressivement. L’île, autour de lui, paraissait se déformer et danser devant ses yeux comme des flammes. Un choc clair parvint tant bien que mal à ses oreilles. Comme une grande pierre précieuse qui se heurte à une surface de roche. Une pierre précieuse…Une émeraude…
Ce mot atterri dans son esprit et le secoua comme une décharge électrique : l’Emeraude Maîtresse ! Quelqu’un l’avait arrachée à l’autel, quelqu’un la volait ! Un sursaut d’énergie le parcourut, plus impérieux que la faiblesse maladive qui l’envahissait. Il était le gardien ! Il devait agir ! Il se redressa contre la brume qui l’emprisonnait avec un cri de rage. Il l’attaqua non seulement de sa puissance, mais aussi et surtout de sa volonté de gardien, implacable et tranchante. La surface translucide résista quelques instants, puis se troubla et s’évanouit dans le néant.
Knuckles chancela une seconde, à bout de forces. Tout autour de lui, le décor continuait sa danse effrénée, s’agitant et se déformant. Comme des flammes…Mais l’épuisement attendrait. Pour l’heure, il fallait accomplir son devoir et employer tout le restant de son énergie à protéger son émeraude. Déstabilisé par le ballet infernal qui se poursuivait, il sentit plus qu’il n’entendit son ennemi à quelques mètres de lui. Il avait l’émeraude…Il pouvait s’enfuir…L’échidné s’élança dans cette direction et frappa à l’aveuglette. Il atteint quelque chose de dur, qui tomba en grognant, déséquilibré par l’impact. Sans lui laisser le temps de reprendre ses esprits, il se jeta sur lui et le saisit à la gorge. Sa tête tournait, il était aveuglé. Ses forces décroissaient maintenant à un rythme alarmant, il n’était pas loin de s’évanouir…Il fallait vaincre l’ennemi à tout prix, le vaincre avant de succomber, inévitablement. Il secoua la tête, cherchant à chasser le voile noir qui l’empêchait de voir celui qu’il enserrait de son poing. Il parvint finalement à écarter les ténèbres qui l’envahissaient et baissa les yeux.
Il resta frappé d’horreur, persuadé qu’il devenait fou. Tout son être, toute sa raison se révoltait contre cette apparition macabre. Ce qu’il avait sous les yeux ne pouvait pas exister ! Il n’y avait donc rien, plus rien qui ne fut cohérent, dans ce cauchemar où il se trouvait plongé ?
Immobilisée sur le sol, la créature le fixait d’un air narquois. Son image apparaissait nettement au milieu du décor trouble et tremblotant. La créature était un hybride, la créature était un échidné. Un échidné écarlate d’environ 16 ans, un motif blanc en forme de croissant de lune dessiné sur son torse. Ses yeux étaient violets. Il portait des gants blancs, chacun ornés de deux épines, et une paire de dreadlocks. La créature que Knuckles maintenait au sol n’était autre que lui-même ! Il le lâcha précipitamment et recula, tétanisé. Plus rien n’était logique, plus rien n’était clair…Tout semblait s’abîmer dans un gouffre incohérent et malsain, brisant toutes les lois du réel. Angel Island continuait de trembler, le sol et l’herbe se déformaient et dansaient sous ses yeux, comme des flammes…Comme des flammes…
Knuckles vit alors, et avec quelle horreur ! le décor vert de l’île se colorer de rouge, étinceler d’une lumière menaçante et s’embraser subitement. L’île était en flammes ! Et il ne pouvait rien, plus rien faire…Face à lui, Knuckles, l’autre Knuckles, continuait de l’observer, les bras croisés. Immobile au milieu de la fournaise. Son visage s’éclairait d’un sourire mauvais, animé d’une joie cruelle. L’échidné tomba à genoux, gagné par l’épuisement dû à la brume. Il ne pouvait plus rien voir, rien d’autre que le rouge du feu, et que le noir du néant. Il sentit confusément Angel Island s’ébranler et amorcer sa chute dans l’océan. L’île tombait…L’île était en flammes…
A bout de forces, il s’écroula face contre terre et perdit connaissance. Un rire triomphant résonnait à ses oreilles.



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