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Paru le mercredi 23 juin 2021

La Genèse de Sonic le Hérisson

L’histoire de Sonic the Hedgehog commence évidemment avec SEGA, une société de développent de jeux vidéo et de consoles pour salon et borne d’arcade. Nommée d’après l’abréviation de SErvice GAmes, la multinationale existe depuis les années 1950, où elle concevait des juke-boxes pour les américains basés au Japon pendant la Guerre de Corée. L’entreprise a beaucoup évolué au fil des décennies, jusqu’à être divisée en deux pôles principaux de part et d’autre de l’océan Pacifique : SEGA of America (SoA) et SEGA of Japan (SoJ). D’autres subdivisions existent alors, toutes appelées SEGA AM1, AM2, etc. Le studio qui nous intéresse est SEGA AM8, fondé en 1988, car il deviendra trois ans plus tard un studio à part bien connu aujourd’hui : la Sonic Team.

Contexte et concours interne

La situation est simple en avril 1990 chez SEGA of Japan : Nintendo et son personnage vedette, Mario, raflent toutes les ventes et sont en tête du marché. SEGA a toujours eu du mal à trouver une mascotte capable de rivaliser avec le plombier moustachu. L’ancien prétendant au poste, Alex Kidd, n’est pas assez charismatique et universel pour porter les couleurs de la firme. La Mega Drive et les grandes campagnes de pubs, comme le cultissime « Genesis does ! What Nintendon’t », ne suffisent plus à contrer Nintendo. Dès lors, on décide de réagir : un concours interne à SEGA est organisé pour élire la future mascotte de la marque. Toutes les branches de la firme sont mises à contribution, de l’Amérique au Japon, et rendent au total plus de 200 propositions pour créer un jeu qui sera capable d’atteindre le million de ventes, et de propulser la Mega Drive sur le devant de la scène.

- Plusieurs concepts retenus en premier lieu :

Parmi les dessins les plus connus, on retrouve le bulldog et le loup aux couleurs des Etats-Unis d’Amérique. On reconnait aussi le lapin bleu, assez proche du design "sonicien" développé avec de multiples personnages les années suivantes. Celui-ci a été livré avec des anecdotes de gameplay, à savoir le fait de prendre des objets avec ses oreilles et les lancer sur les ennemis pour les attaquer (une idée appliquée au jeu Ristar en 1995). D’autres concept-arts moins connus ont traversé les années, comme cette espèce de poussin en colère, un yéti eux yeux fermés, un… bonhomme en salopette bleue, ou encore un lapin rose aux lunettes futuristes. Un autre dessin, représentant un perroquet coiffé à la Elvis Presley, sera gardé pour le concept d’un groupe de rock.

Et l’idée germa...

Celui que l’on a pensé s’appeler Mr. Needlemouse pendant des années

Un autre concept-art intéresse particulièrement l’équipe des développeurs : le dessin d’un certain Naoto Oshima, représentant un hérisson. Son nom ? Mr. Hedgehog (Hérisson en anglais). Il promet un jeu rapide, plus nerveux, qui correspond davantage à ce que recherchent les développeurs pour contrer les jeux Mario. D’autres idées de nom viendront ensuite : Raisupi, la prononciation de Light Speed en japonais, et LS, les initiales de Light Speed. Naoto Oshima a eu l’idée de mettre en valeur la vitesse en essayant de jouer le plus vite possible dans le jeu Super Mario (comme quoi le hérisson a vraiment été créé vis-à-vis du plombier).

Suite à une erreur de traduction en passant du japonais à l’anglais, Mr. Hedgehog est devenu Mr. Needlemouse, et tout le monde a cru que Needlemouse était le premier nom de Sonic. Si bien que "Needlemouse" était le nom de code du jeu Sonic 4 dans les débuts du développement, et un indice quant à l’annonce de sa sortie en 2010. C’est Yuji Naka, le développeur principal du jeu en 1991, qui rétablit la vérité en 2021.

Toujours est-il que Mr. Hedgehog est choisi comme star du nouveau jeu à venir. On lui donne la couleur bleue du logo de la maison-mère, des chaussures rouges comme le Père Noël, avec des boucles dorées inspirées de celles de Michael Jackson (quoi de plus logique que le Roi de la Pop rejoigne ensuite le développent d’une des suites, Sonic 3 en 1994 ?). La personnalité du personnage est inspirée de celle du futur Président des USA, Bill Clinton, qui aime agir et clarifier les choses au plus vite. Ainsi le personnage, bien que créé au Japon, est dans son essence ancré dans la culture occidentale. De plus, le bleu représente la paix, l’assurance et l’attitude cool, tout ce que le Hérisson bleu est destiné à devenir. Sa vitesse de l’éclair lui donne son nom : Super Sonic !
Ah non, ça ressemble un peu trop à Super Mario.
...
SONIC. The Hedgehog.

Les premiers concept-arts de Sonic

La Sonic Team et les premières idées

Le studio en charge du développement du jeu, SEGA AM8 (une branche de SEGA of Japan), se fait rebaptiser Sonic Team, et contient une équipe de quinze employés. A leur tête se trouvent les trois principaux créateurs de la nouvelle mascotte de SEGA : Yuji Naka, programmeur chez la firme depuis peu, Naoto Oshima, le character designer qui a inventé Sonic, et Hirokazu Yasuhara, qui dirige le game design et le level design. Ils ont déjà collaboré sur le développement du jeu Phantasy Star en 1987. Ils se retrouvent ici pour créer le jeu qui s’appellera sobrement Sonic the Hedgehog, et servira de démonstration technique pour vanter les capacités de la Mega Drive.

Au sein de la Sonic Team, on imagine Sonic avec des crocs, leader d’un groupe de rock (quoi de plus cool et nerveux ?), où l’on retrouve le perroquet qui a servi de proposition lors du concours originel : on l’appelle Sparks the Parakeet. Ce personnage sera plus tard réutilisé dans les Comics Archie. Dans ce groupe figurent aussi un crocodile qui inspirera plus tard Vector (Knuckles’ Chaotix), et un singe qui n’est pas sans rappeler le badnik Coconuts (Sonic 2).

Sonic, Vector et Sparks côtoyaient déjà Ray et Mighty !

Par-dessus tout, Sonic a une copine appelée Madonna. Encore une inspiration occidentale et populaire, directement inspirée de la sulfureuse Reine de la Pop, à l’époque au top de sa carrière. Seulement voilà, si au Japon toutes ces figures de l’ouest font rêver, chez SEGA of America on préfère ne pas tout mélanger. Sonic est plus destiné aux enfants qu’une humaine ressemblant à Betty Boop. Les premiers désaccords entre SoJ et SoA. La branche américaine de la firme préfère donc supprimer les crocs, le groupe de rock et la groupie, ce qui mène à une réorientation complètement différente. Yuji Naka reconnaitra par la suite que c’était la bonne chose à faire.
De plus, le cliché de la demoiselle en détresse est déjà pris par Mario, ce qui pousse les développeurs à développer le conflit du héros dans un autre domaine. Qu’à cela ne tienne, le personnage de Madonna sera complètement réinventé dans les Comics Archie 15 ans plus tard, comme agent du G.U.N..

Certains aspects de Madonna ont été transférés, sans surprise, au personnage d’Amy Rose

Mais le méchant, alors ?

A gauche, un concept provenant de l’Artbook des 25 ans, à droite la proposition pour le concours interne de SEGA

Un deuxième concept-art a très tôt intéressé les développeurs. Un bonhomme moustachu en pyjama. Il n’a pas de nom, mais il s’agit simplement d’une caricature de Théodore Roosevelt, Président des USA de 1901 à 1909. Son apparence simple et enfantine, combiné à un personnage ressemblant à un œuf, est exploitée à plusieurs reprises dans les phases de développement du jeu à venir. On le voit en effet aux côtés de Sonic et de Madonna dans un dessin où il ne semble pas encore être l’ennemi principal de l’histoire, qui n’est de toute façon pas finalisée.

Ce n’est qu’après les désaccords soulignés par SEGA of America que ce personnage va pouvoir briller. Sonic n’a plus de groupe de rock, n’a plus de bimbo en guise de copine, mais reste toujours un Hérisson bleu cool qui aime expédier les problèmes assez vite. Un caractère un peu soupe au lait qui restera dans la vision du personnage au fil des années. Les développeurs veulent que l’ennemi de leur héros soit son opposé, un humain qui rigole tout le temps et représente la technologie, face à un animal qui défend la nature. Mélangez cette intention prônant l’écologie, un débat qui commençait à naître dans les années 1990, et le bonhomme des premiers concept-arts avec ses lunettes en pince-nez, et vous obtenez l’ennemi juré de Sonic the Hedgehog : un savant fou adepte de robotique qui veut détruire la nature, et que le Hérisson doit arrêter.

L’histoire japonaise, et l’histoire américaine

Le comic promotionnel de Sonic 1
En bas, un Sonic normal et Kintobor face à sa machine à Emeraudes

Malgré cette nouvelle base acceptée par SEGA of America et SEGA of Japan, les deux branches de la firme ne communiquent pas facilement entre elles. SoJ reste très secret sur le développement du jeu, ainsi que sur l’histoire et l’univers. Les jeux vidéo de l’époque n’ont pas forcément de cinématiques racontant une histoire, l’univers est donc développé dans le manuel vendu avec le jeu (là où sont aussi décrits les niveaux, les personnages et les ennemis). Les américains de SoA décident donc d’écrire leur propre version de l’histoire du jeu, avec les grandes lignes qu’ils connaissent :

« Un hérisson super rapide collectionne des anneaux pour rester en vie, et détruit les robots du Dr. Eggman pour sauver les petits animaux prisonniers à l’intérieur. Il récupère les Chaos Emeralds afin d’empêcher que le savant fou ne les utilise pour contrôler la planète. »

La version US et EU de Knuckles’Chaotix est l’une histoires les plus modifiées par rapport à la version originale

Nouvel élément de l’univers du jeu, ces Chaos Emeralds sont un moyen de corser la difficulté et d’augmenter la durée de vie du jeu (elles prendront une part plus importante dans les jeux à venir), tandis que les anneaux permettent à Sonic de ne pas mourir s’il se fait toucher par un ennemi.

La branche américaine de SEGA met au point toute une bible interne pour poser les bases de la licence et pour les différents médias dans lesquels on retrouvera le Hérisson bleu, sortis dans tout l’Occident. Cette bible concerne aussi bien les jeux que les comics (Archie et Fleetway) et les séries animées (Les Aventures de Sonic, SatAM, Sonic le Rebelle). Pour résumer, le Dr. Eggman s’appelait Ovi Kintobor et est devenu Ivo Robotnik suite au dysfonctionnement d’une machine alimentée par les Chaos Emeralds, et Sonic était un Hérisson normal qui est devenu bleu en dépassant la vitesse du son sur un tapis de course surpuissant. Et toutes ces choses se passent sur une planète appelée Mobius.

On retrouve encore aujourd’hui quelques éléments de cette bible dans les manuels européens et américains des jeux Mega Drive, mais on considère aujourd’hui que ce sont les manuels japonais qui donnent l’histoire officielle des jeux (que vous pouvez retrouver dans nos Fiches). Ironiquement, la version japonaise apporte beaucoup moins de précisions sur l’origine des personnages. L’ambiguïté entre les versions américaines et les versions japonaises seront balayées lors du passage à une nouvelle ère en 1998, avec Sonic Adventure.

Développement et promotion

Pendant ce temps, la Sonic Team avance bien sur la conception de Sonic the Hedgehog et son gameplay. Des dizaines et des dizaines de croquis servent à visualiser les futurs niveaux, ainsi que les mouvements de Sonic. Yuji Naka se concentre sur le gameplay du jeu, qui doit exploiter au mieux les capacités de la Mega Drive (Genesis aux USA). Au lieu de tenter de plagier le personnage moustachu de Nintendo, la Sonic Team opte pour un gameplay inédit basé sur la rapidité d’action, la jouabilité précise, et la simplicité, sans exclure pour autant l’exploration (qui est la caractéristique essentielle des jeux Mario, rappelons-le). Tous les mouvements de Sonic devaient pouvoir être réalisés avec un seul bouton. Pour détruire ses adversaires, Sonic devra ou leur sauter dessus ou leur rentrer dedans (la Spin Attack, puis le Spin Dash dans les jeux suivants).

Basé sur le même modèle que les anciens jeux SEGA comme Alex Kidd ou Wonder Boy, le logo de l’écran-titre de Sonic 1 MD est conçu avec un anneau central et des rubans, agrémenté d’étoiles. Passionné d’aviation, Naoto Oshima lui rajoute des ailes blanches, comme les médailles d’aviateurs de la Seconde Guerre Mondiale. De plus, le nom de Sonic est stylisé pour lui donner un aspect chromé, un motif très à la mode dans les années 80 et 90 depuis la sortie du premier film Mad Max en 1979. Là encore, Sonic est identifié aux héros du monde réel et aux objets culturels les plus célèbres du moment.

La confiance de SEGA en ce projet atteint des sommets : on trouve Sonic le Hérisson bleu sur des bus, dans des campagnes publicitaires qui font le tour du monde. Le groupe japonais Dreams Come True, dont le musicien Masato Nakamura compose la musique du jeu, fait une tournée mondiale sponsorisée par SEGA pour promouvoir le jeu, accompagné de l’image de Sonic partout où ils vont. Les premières démos du jeu sont présentées aux salons Tokyo Toy Show au Japon et Consumer Electronics Show aux USA, et Sonic fait sensation. Avec une campagne de pub digne de ce nom, le jeu est promis à devenir un raz-de-marée.

Dreams Come True est l’un des groupes qui représente la chanson populaire japonaise des années 90
Le jeu lors du Tokyo Toy Show, puis lors du Consumer Electronics Show. On sent déjà les différences !

Chose curieuse, il existe beaucoup moins d’éléments de conception pour la version 8-bits du jeu que pour la version Mega Drive. Néanmoins les deux jeux ont dû être plus ou moins développés en même temps. La version portable, sur Game Gear, plus compacte et avec des niveaux différents et plus petits, possède le même gameplay, la même histoire, et les même compositeurs que son grand frère.

Sonic déboule sur nos écrans !

Vous pensez que la première apparition de Sonic est dans son propre jeu ? Vous vous trompez. C’était l’une des dernières étapes de la promotion de Sonic the Hedgehog. En février 1991, SEGA publie le jeu d’arcade Rad Mobile, un jeu de course dont le point de vue se situe à la place du pilote. Petit clin d’œil, un pendentif au motif de Sonic est accroché au rétroviseur. Le Hérisson est déjà associé à la vitesse et à la course !

Arrive enfin la fameuse date du 23 juin 1991. Sonic the Hedgehog sort sur Mega Drive aux Etats-Unis et en Europe. Il ne sort au Japon que trois jours plus tard. La plupart des consoles sont même vendues avec le jeu directement inclus, et la Sonic Mania déferle en trombe sur le monde, avec ce qu’il faut de goodies associés à la licence. Le jeu est un succès retentissant. Avec ce gameplay inédit et un moteur de jeu à la fois fluide et rapide, la Sonic Team révolutionne littéralement l’univers du jeu de plateforme. Jamais le potentiel de la Mega Drive ne fut aussi bien exploité, et aucun jeu tournant sur une console 16-bits ne fut plus beau à l’époque. L’objectif de SEGA était réussi, une mascotte était née.

Un artwork promotionnel européen, rassemblant Sonic, Green Hill, les badniks, et le Dr. Eggman

Sa sortie engendra aussi un vaste mouvement de plagiat, de nombreux éditeurs voulant faire leur propre "Sonic", à savoir un jeu cool, rapide et sympa. Mais tout le monde n’a pas le même talent que le Sonic Team…
Retenons surtout que l’année 1991 fut celle de la création d’une vraie légende qui s’inscrit dans la liste des plus grands personnages de jeux vidéo, de la naissance d’une équipe pleine d’ambition et de talent qui n’a cessé de fournir un travail de qualité au service du fun, ainsi que l’émergence d’un nouveau gameplay qui imposa de nouvelles normes dans le domaine des jeux de plateformes.

Pour conclure, les quatre têtes pensantes de la licence rassemblées pour le souvenir :

Yuji Naka, Hirokazu Yasuhara, Naoto Oshima et Takashi Izuka en 2018

Crédits :
- Sonic United
- GHZ
- Sonic News Network
- Sonic Retro

Par Elgueusard / Di-Luëzzia le 23 juin

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